Ordres de grandeur

January 22nd, 2012 | fho

Nous avons fait installer récemment un compteur intelligent, qui rapporte (par téléphonie mobile) notre consommation électrique, quart d’heure par quart d’heure. On y repère aisément quand nous avons fait notre café, ou quand nous avons fait la cuisine. Les ampoules à 10 Watts ne consomment pas grand chose, les volets électriques ou la ventilation(qui doit tourner tout le temps), déjà un peu plus, mais alors la bouilloire ou la cuisinière, oh là là!

Convaincu qu’économiser de l’énergie, c’est économiser du CO2, nous avons voulu rapporter cela à cet autre glouton de l’énergie que constitue l’automobile.

À la louche, un litre d’essence brulé libère 10KWh. À cinq litres au cent, notre litre nous porte sur 20km, ce qui donne environ 500Wh par kilomètre, un demi kilowatt-heure.
Comparons donc nos dépenses électriques en kilomètres d’automobile.

Porter un litre d’eau à ébullition :

125 Wh. Avec un kilomètre de voiture je fais donc bouillir 4 litres d’eau.

Prendre une douche de 50 litres :

3KWh. Avec l’énergie requise pour chauffer l’eau de ma douche je parcours 6 kilomères en voiture.

Prendre un bain de 150 litres :

Ben, trois fois plus, 18 kilomètres.

Charger son pédélec pour deux jours (70km, 250Wh) :

Un peu plus de deux kilomètres. Soit aussi passer l’aspirateur mille Watts ou faire chauffer le grille-pain de la même puissance pendant un quart d’heure.

En ce qui nous concerne, nous avons renoncé à l’utilisation quotidienne de la voiture. Enfin, le participe renoncé sent trop le sacrifice, alors que ce serait plutôt les embouteillages quotidiens et la recherche des places de parking qui constituerait en sacrifice. Enfin, bon. Nous avons donc notre bonne conscience pour nous. D’ailleurs par scrupules, nous avons même refusé le pédélec. Bonne conscience, très bonne conscience, ce n’est jamais très sain.

Histoire de la saper un peu, calculons donc

le coût de construction de notre habitat :

Certains estiment que construction d’un appartement de 100m2 couterait dans les 100000kwH. Cela nous fait 200000 kilomètres de voiture. Il y a fort à parier que pour la construction d’une maison individuelle écologique il faille doubler la dépense énergétique initiale… Au bas mot 20 ans de conduite automobile quotidienne!

N O T E S:
[source] Une source intéressante, qui calcule en masse de CO2 la pollution engendrée par les consommations de la vie courante: http://www.greenrationbook.org.uk/

[TacAuTac] La critique facile « Que foutent les écolos sur Internet, ça crache pas du CO2 ça ? »  méritent d’être traitée ici, au chapitre ordre de grandeur. Calcul rapide : Deux heures d’Internet par jour à cent Watt (notre laptop fait moins, mais il y a un modem et les serveurs auxquels nous accédons): 200Wh. Même pas la moitié de ce que consomme un misérable kilomètre en voiture. Nous n’avons donc pas à éteindre notre ordinateur tout de suite.  «C’est seulement quand tous les simplets dans ton genre rouleront à vélo que nous pourrons prendre au sérieux l’idée de ne pas utiliser l’Internet ! ».

Energiewende

January 7th, 2012 | fho

Après le désastre de la centrale japonaise de Fukushima, on se souvient que la chancelière Angela Merkel avait décidé de faire sortir l’Allemagne de sa dépendance à l’énergie nucléaire, ce que politiciens et media ont appelé l’Energiewende (tournant énergétique). D’aucun avaient ironisé sur l’hypocrisie d’un pays qui serait condamné dorénavant soit à acheter de l’électricité nucléaire à ses voisins, soit à en produire davantage lui-même avec des énergies fossiles, compromettant gravement par là les objectifs de réduction des émissions de CO2.

Selon le Spiegel l’Allemagne se trouverait quelquefois acculé cet hiver à une situation bien pire, cumulant les deux défauts mentionnés plus haut, puisqu’elle achèterait à ses voisins (hypocrite !) de l’énergie produite par de vieilles centrales à gaz (CO2 !). Il est intéressant toutefois de noter que la raison de cette situation n’est pas à chercher dans le manque de production électrique en Allemagne, les éoliennes tournant à fond en ce moment, mais dans le réseau électrique, insuffisamment robuste pour transporter vers le Sud industriel les excédents du Nord venteux. La faute, souvent, aux citoyens (électeurs des verts ?) qui s’opposent depuis des années aux constructions massives de nouvelles lignes électriques de puissance.

Quelle que soit la situation actuelle du réseau, il semble tout de même que le remède consistant à tirer de nouvelles lignes à haute tension reste abordable, et qu’il n’y a pas lieu pour l’instant de revenir sur les décision de fermer les centrales nucléaires.

Peuple et constitution d’Europe

January 7th, 2012 | fho

Voici plus de dix ans, en Juillet 2001, se réunissait à Gênes un sommet du G8. Les altermondialistes réunirent un contre-sommet, réprimé de manière qu’on n’eût pas cru possible dans nos « démocraties » occidentales. Bilan : Un mort, Carlo Giuliani, et plusieurs centaines de manifestants blessés. L’élite mondiale décidait, tandis que le populaire était sommée de se taire, au besoin à la matraque dans les rues, ou dans le secret des casernes, comme en témoignent les rapports d’Amnesty International sur le traitement des activistes arrêtés.

Quelques mois plus tard, en Décembre 2001, les élites européennes réunissent à Laeken une convention visant à la rédaction d’une constitution européenne. Pendant que Valéry Giscard d’Estaing préside aux travaux, des dizaines de milliers d’Européens défilent dans les rues de Bruxelles. Non des anti-, mais des altereuropéens plutôt. Si la police se contentera des canons à eau, leur message sera tout de même étouffé. Du sommet en question sortira, in fine, un « Traité établissant une constitution pour l’Europe », traité qui vraiment, n’aura rien d’une constitution, et tout, au contraire, d’une sanctuarisation du « consensus de Washington », d’une garantie écrite que nous ne reviendrons pas ni sur l’ouverture à tout va des marchés, ni sur le démantèlement des services publics.

Une grande déception pour nous, le début d’une vague d’euro-scepticisme, émaillée de référendums aux résultats ignorés, et en corollaire une morgue de plus en plus affichée des hommes politiques, lorsqu’il s’agit des affaires de l’Europe. Les choix faits alors, ceux de notre soi-disant « constitution », en consacrant la finance au dépend de nos industries marquent encore aujourd’hui nos économies, et lorsqu’on fera l’analyse des causes de la crise actuelle, celle ouverte en 2007 et toujours en cours, il sera difficile de passer sous silence les décisions d’alors, et d’en dédouaner nos dirigeants.

Toujours est-il que la crise constitue une opportunité unique de repenser l’ensemble de nos conceptions. Et l’on voit ainsi refleurir un peu partout des projets de constitution européenne qui ne soient pas seulement des programmes politiques néo-libéraux mais posent réellement les règles de fonctionnement possibles de nos institutions.

Nous voulons saluer à ce sujet l’article de Jean-Claude Trichet paru dans Les Echos du 28 Décembre 2011. Si les deux premiers tiers contiennent le prêchi-prêcha attendu de la part d’un banquier central, le dernier par contre ouvre une fenêtre sur un futur qu’on ne croyait plus possible ou concevable par nos élites. Ni plus ni moins que l’esquisse d’une vraie constitution comprenant chambre basse, sénat, exécutif, justice ainsi qu’un ministère des finances ! Rien de transcendant en cela, c’est ce que nous aurions attendu voici dix ans déjà, du Sommet de Laeken par exemple. Mais tant d’audace sous la plume d’un de nos dirigeants, certes retraité depuis peu, laisse beaucoup d’espoir aux citoyens que nous sommes : Peut-être nos élites ont-elles sérieusement commencé à réfléchir à une Europe qui ne serait pas qu’un grand marché ou la finance pourrait se goberger à loisir ? Dans notre intérêt à tous, espérons qu’il en est ainsi.

Et prenons bonne note surtout du glissement sémantique proprement révolutionnaire opéré par Jean-Claude Trichet dans son article : Alors que les européistes, fidèles aux cabris du Général de Gaulle continuent de sauter sur leur chaises en criant « l’Europe, l’Europe ! » tout en s’en tenant à peu près aux conceptions étroites du susmentionné Général en matière d’Europe, Jean-Claude Trichet, lui, voit grand. Plus grand et plus large, plus visionnaire et plus généreux que même les plus optimistes militants du Leap2020, c’est dire.

Il ne parle pas en effet comme nos fédéralistes de la démocratie appartenant « aux peuples d’Europe », ce qui rappelle trop cette « Europe des nations » tant vantée et qui constitue en réalité un déni d’Europe. Non, il nous parle du « peuple européen » au singulier. Et là, il est bien le premier dirigeant de ce calibre à franchir le pas et à troquer les peuples d’Europe pour le peuple d’Europe. Une subtile nuance peut-être mais qui s’avèrera aussi déterminante pour l’esprit de la démocratie Européenne que l’a été pour l’Allemagne le détournement du slogan hitlérien « Wir sind das Volk ! », devenu pour forcer la Réunification « Wir sind ein Volk ! ». Plus les figures du débat public parleront d’un peuple européen, plus l’Europe avancera.

Pour citer Jean-Claude Trichet :

« Le futur de l’Europe est dans les mains de ses démocraties, dans les mains du peuple européen. Nos concitoyens décideront de la direction que l’Europe prendra. Ils sont les maîtres. Mais, quelle que soit la forme que les institutions européennes prendront, un débat public véritablement paneuropéen est essentiel. »

Quelque chose cependant nous donne à penser que ce peuple d’Europe au singulier ne se résume pas à une figure de rhétorique. Il constitue en réalité la seule voie possible permettant de remettre un peu de démocratie dans nos institutions Européennes, dévoyées de leur rôles et devenues pour nos gouvernants de commodes boucs émissaires : Ceux-là rejettent à trop bon compte sur la Commission les décisions impopulaires qu’ils n’oseraient prendre directement, mais contre lesquelles pourtant ils n’ont posé aucun véto à Bruxelles quand ils en avaient la possibilité ! Dévoyées, elles le sont aussi lorsque les gouvernements se chamaillent pour conserver ou imposer de nouvelles subventions européennes visant à soutenir leurs « intérêts nationaux » — comprendre les intérêts des sponsors de leur parti —. Savoir qu’un peuple d’Europe a l’œil sur ces manœuvres mesquines obligera les classes politiques nationales à davantage de retenue.

Mais surtout, en appeler au peuple d’Europe est le seul moyen de faire vivre l’Europe en lui redonnant le caractère démocratique qu’elle a peu à peu perdu. Si les Allemands paient un peu plus pour soutenir l’Europe parce que cela a été décidé dans un cabinet de technocrates à Bruxelles, on comprend leur mauvaise grâce. Si cette injonction est celle du peuple d’Europe, s’exprimant par la voie des urnes ils se plieront à la décision de la majorité. Inversement, les pays méridionaux de l’Euroland ont toutes les raisons du monde de penser que de laisser leur budget sous la férule de la Commission consistitue une atteinte à leur souveraineté. Mais si telle est la volonté du peuple d’Europe, il faudra bien qu’ils l’acceptent, la souveraineté émanant, en dernière analyse du peuple.

Pour résumer, sortir de la crise actuelle en conservant des institutions démocratiques réclame d’établir une souveraineté par-dessus celle des nations, la souveraineté du peuple d’Europe. Il importe donc que nos élites le convoquent, ce peuple. Afin qu’enfin les décisions puissent se prendre, afin qu’enfin elles soient prise avec la légitimité que réclame leur acceptation et leur mise en œuvre, que l’on cesse de remplir le parlement pays par pays, que l’on cesse de ratifier les traités européens pays par pays !

Pour changer les choses, demandons au peuple, tout simplement.

Les États-Unis exportateurs net de produits pétroliers

December 3rd, 2011 | fho

Selon un article du Wall Street Journal en date du 30 Novembre 2011, les États Unis deviennent exportateurs net de produits pétroliers. Voir U.S. nears milestone : Net fuel exporter. Ce qui pourrait consituer une excellente nouvelle pour la planète n’en est pourtant pas une : La baisse de la consommation a bien eu lieu, suite à la crise, mais le changement de position des États-Unis est lié bien davantage à l’augmentation phénoménale des exportations. Biocarburants, schistes bitumineux, nouveaux forages off-shore : Le pays a plus que doublé ses exports depuis 2005. Pour la planète rien ne change, mais en termes géostratégique, c’est toute une vision du monde qui est à revoir.

Pour les stratèges américains, voilà une bonne nouvelle. La dépendance n’est plus ce qu’elle était dans les dernières décennies, et l’obligation d’assurer les approvisionnements s’en trouve allégée. S’il est souhaitable ou non est une autre question, toujours est-il qu’un désengagement du Moyen-Orient devient possible, et la nécessité de soutenir les dictatures « stables » sinon « stabilisatrices » s’effrite. Qui sait si le printemps arabe n’a pas été « autorisé », entre autre, en prenant en compte cette prévisible indépendance énergétique retrouvée.

Semblablement, puisque la stabilité au Moyen-Orient ne constitue plus un intérêt vital de la nation, on peut imaginer davantage de réticences du gouvernement américain dans sa politique de soutien inconditionnel à Israel.

Pour l’Europe qui reste, elle, un importateur net, voilà une nouvelle modérément bonne. Les approvisionnements américains n’ayant plus l’importance stratégique qu’ils avaient par le passé, on peut conjecturer un possible désengagement de la Navy sur certaines routes maritimes, et l’obligation future pour l’Europe d’aller faire la police elle-même afin que les pétroliers ne soient pas trop souvent détournés par les pirates.

De même, au jeu de la fixation des prix, savoir que les USA passent dans le même camp que l’OPEP ouvre davantage encore le fossé transatlantique. Clairement, les intérêts des États-Unis et ceux de l’Europe divergent de plus en plus ouvertement, et il est à prévoir qu’un jour, la fameuse amitié liant l’Occident américain et l’Occident européen, faute d’être soutenue par la froide raison, n’aura plus d’amitié que le nom.

Déjà nos points de vue sur le monde diffèrent: Aux américains fiers de leur Vingtième Siècle triomphant s’opposent des européens encore honteux de leur passé ; aux américains des vastes espaces, convaincus qu’il est dans leur droit de demander à la nature tout ce qu’elle peut donner, et jusqu’à la dernière goutte, répondent des européens entassés, farouches opposant de l’exploitation à outrance des ressource naturelles: Non aux boeuf aux hormones, non aux OGMs, non aux gaz de schiste. Aux futurs partisans américains du pétrole cher — ne doutons pas qu’ils nous expliquerons la nécessité d’un pétrole cher pour le bien de la planète — il semble que feront pièce des européens à la consommation économe en pétrole.

Quel autre choix possible que la frugalité ? D’aucuns pensent qu’il faudra bien s’y résoudre, nous pensons nous que cette obligation sera salutaire. Pour l’Europe à moyen terme au moins : Comment cette zone dépendante en matière de pétrole pourrait-elle survivre autrement dans la compétition industrielle et commerciale à laquelles nous sommes soumis ? Cela sera profitable pour la planète à plus long terme également, du moins nous l’espérons ; car qui d’autre que l’Europe peut montrer au monde qu’un autre mode de vie développé est possible ?

Droit, démocratie, dette, défaut souverain

November 19th, 2011 | fho

Rainer Hank publie un article intéressant dans les blogs de la FAZ du 11 Novembre 2011. Selon lui, l’un des points de clivage concernant la crise actuelle oppose la démocratie et l’état de droit. Historiquement, les penseurs libéraux mettaient l’état de droit en avant, comme condition pour la réalisation d’une démocratie. Or que voit-on en ces temps de crise ? Des démocraties justement, faisant ou voulant faire défaut sur leur dette, ce qui selon Hank constitue une rupture de l’état de droit. Comment en effet nommer autrement une situation ou une partie, l’état, peut renier ses engagements, les contrats signés vis-à-vis des créditeurs privés, sans laisser à ces derniers aucun tribunal devant lequel ils puissent faire valoir leur droit ?

Hank a tout-à fait raison de souligner que renoncer à l’état de droit, même au nom de la démocratie, ce n’est pas joli-joli. Là où son jugement prête flanc à la critique, c’est dans l’extension qu’a pris la notion d’état de droit.

Défendre les individus, tant dans leur corps que dans leurs biens, contre l’arbitraire du souverain, voilà l’origine de l’état de droit, et la raison pour laquelle on peut y voire une condition au régime démocratique. Quand pourtant, le droit ne concerne plus les individus, mais des organisations (les banques, les états), il change de nature : L’irresponsabilité des grandes sociétés est dénoncée en maints endroits. Quels que soient les dégâts qu’elles causent —maladies, accidents, morts, marée noire et autres pollutions— elles s’en tirent au pire avec une amende, tandis que les risques pour les équipes dirigeantes de s’asseoir en prison demeurent extrêmement minces. En revanche les droits qu’elles peuvent faire valoir sont comparables à ceux des particuliers, avec la différence qu’elles paient en permanence des hordes d’avocats pour faire défendre ces droits, ce qu’en général les particuliers ne peuvent guère s’offrir. Oui, les grandes sociétés ont des droits, des responsabilités limitées, très limitées, ainsi que tous les passe-droit. Nous ne mentionnerons ici que celui de ne presque pas payer d’impôts, par exemple.

Nous connaissons donc, et depuis bien avant la crise, une situation où le droit est utilisé par les grandes sociétés non seulement dans l’intérêt égoïste des dites sociétés, mais souvent, explicitement, contre le bien public : Contre les consommateurs, contre les fournisseurs, contre l’état. Devant une pareille insolence, entendre les représentants des grandes sociétés (dont les banques font partie) critiquer l’arbitraire du souverain reniant ses dettes comme relevant d’une rupture de l’état de droit prend un tour quelque peu ironique. Lesquels d’entre eux se plaignaient de l’arbitraire du souverain lorsqu’il assainissait le bilan des banques et prenait à sa charge les papiers (CDS et autres) que les marchés jugeaient soudain sans valeur, tout en laissant aux actionnaires ce qui restait profitable?

Le droit, oui. Le détournement du droit, non!

Ne craignons donc pas de voir la démocratie mise en péril parce que l’état piétinerait les droits des grands groupes financiers à lui serrer la gorge. La démocratie survivra à ce genre-là de remise en cause de l’état de droit. Craignons plutôt qu’elle ne se retrouve vide de sens, lorsque l’état, et donc les électeurs voient la politique à suivre dictée par les banques qui n’accordent plus leur prêts qu’à la condition qu’on démantèle la santé, l’éducation, les transports et tout ce qui serait encore insuffisamment soumis à la loi du marché.

« Fait-maison », industrie, environnement

June 22nd, 2011 | fho

Pour nombre d’écologistes, le « fait-maison » est le nec plus ultra du militantisme. Ce sont souvent les gens les plus radicaux qui tiennent ce discours, ceux qui mènent le style de vie « exemplaire » qu’ils estiment être seul compatible avec la survie future de l’Humanité.

En termes d’effet sur l’envrionnement pourtant, un tel a priori mériterait davantage de réflexion. Le professionnel en effet est le plus à même de produire le meilleur produit au meilleur coût, donc dans une certaine mesure, avec le meilleur bilan environnemental.

L’un des postulats sur lesquels Platon fonde sa République (voir en particulier le Chap. 2) est que chacun y travaille selon sa nature, et ceci implique en particulier que chacun se consacre pleinement à son métier, et non pas à plusieurs métiers à la fois, au contraire donc des souhaits de nos directions de ressources humaines rêvant de salariés interchangeables : Dans la cité idéale de Platon, les objets et les services sont donc produits par les meilleurs producteurs possibles, ceux dont c’est le métier. Tout le monde s’en retrouve avantagé puisque les produits des professionnels sont produits dans de meilleures conditions, aux meilleurs coûts, avec les meilleurs outils maniés par les meilleurs experts, et avec un souci de suivre au mieux les procédures de fabrication sélectionnées par la tradition.

Ce que Platon n’envisageait pas, c’est que l’ordre économique pousserait un jour les professionnels indépendants à choisir entre la ruine ou l’affiliation à un « industriel » du secteur, par voie de salariat ou de franchise. Ni que le même ordre économique contraindrait les industriels, doctrine de la « valeur pour l’actionnaire » aidant, à la seule poursuite de rendements financiers toujours plus élevés, au détriment de toute responsabilité vis-à-vis de leurs employés, fournisseurs, clients, vis-à-vis de la société en général, de la nature, et au détriment surtout de toute éthique professionnelle.

C’est ainsi, dans l’alimentaire en particulier, que sont apparus plusieurs scandales, où le professionnel a failli à sa promesse de production « la meilleure ».

Tous ces scandales ou presque trouvent leur origine dans la course effrénée au rendement financier. Qu’on ne se méprenne pas : Il n’est pas fondamentalement malsain de chercher l’amélioration des bénéfices ; il convient seulement de savoir y mettre les bornes. À y regarder de près, réduire les coûts signifie « faire plus avec moins », ce qui peut se traduire en termes écologiquements corrects : Économiser les ressources naturelles et n’utiliser d’énergie que le strict nécessaire, voire investir dans les infrastructures permettant ces économies. Les industriels se sont donc efforcés de suivre ces précepts fort louables, choisissant tous les angles d’attaque. On ne peut guère leur reprocher qu’un zèle coupable, ignorant toute limite.

Car malheureusement, l’obsession de la baisse coûts mène l’industrie agroalimentaire à tous les abus.

L’un des soucis de l’agroalimentaire : Les dates limites de vente, qui certes, protègent le consommateur, mais sont également synonymes de gaspillage, puisque les denrées produites mais non vendues dans les temps sont jetées. Solutions pour réduire la casse : Reculer les dates limites de vente en incorporant des conservateurs, ou réduire les délais de vente en rendant les produits plus attractifs pour l’acheteur, à coup de chimie là encore : Colorants, agents de texture, agents de sapidité, etc. Bon appétit. Ajoutons, même si c’est anecdotique et que cela porte davantage à sourire : Réduire les délais de transport, donc transporter plus dans un même volume, ce qui signifie, par exemple, transporter des concombres « droits » plutôt que « courbes ». D’où certaines directives européennes amusantes, afférentes à la courbure des concombres et abrogées depuis.

Un autre soucis, diminuer la consommation d’énergie et d’eau : D’où les cultures hors-sol, technique permettant de ne donner aux plantes que la quantité exacte d’engrais qui leur est nécessaire, et qui réduit considérablement le spectre des parasites et maladies à traiter. Avec aussi pour principal risque connu que les légumes ainsi produits n’ont pas de goût…

D’où également, dans le domaine de l’élevage, l’idée de recycler les protéines inconsommables, celles des cornes, sabots, os et nerfs par exemple, qu’il ne faudrait pas jeter à la poubelle. Pour valoriser ces déchets, on a donc inventé divers procédés permettant de les transformer en « farines », dont on a pu nourrir les vaches. L’une des étapes de cette production impliquant le chauffage de cette farine à haute température, on s’est naturellement appliqué à calculer au plus juste la température nécessaire, quitte, en allant trop loin dans cette intention écologiquement louable, à ce que cette cuisson à des températures trop faibles n’assure plus la destruction de tout ce qui pourrait être préjudiciable à la santé. Conséquence de cette pingrerie sur la température : La maladie de la vache folle.

Les media se font largement l’écho de ces excès. Les consommateurs s’affolent pour un temps, avant de revenir rapidement à leurs habitudes antérieures. Certains pourtant, durablement scandalisés, décident de prendre les choses en main pour eux-mêmes et leurs proches.

Le « fait maison » du consommateur individuel apporte une certaine sécurité, mais son coût écologique est loin d’être négligeable

Afin d’être sûrs de ne pas manger de tomates OGM, certains décident d’en faire pousser sur leur balcon. Ce qui est une très bonne idée s’ils n’abusent pas des engrais ni des produits phytosanitaires : La consommation des jardiniers amateurs en produits chimiques ramenée à la production réalisée est faramineuse par rapport à celle de l’industrie, qui, quoiqu’on en pense utilise les aides chimiques avec parcimonie.

Afin d’être sûrs de manger du pain bio, ils s’achètent une machine à pain et des farines bio, permettant de produire des miches de pain de qualité pour un prix qu’aucun boulanger ne leur propose. Le bilan écologique de cette pratique est pourtant désastreux par rapport à ce qui serait la solution de Platon : Que ce soit le boulanger qui fasse le meilleur pain possible ! Car enfin, avoir des millions de machines à pain qui tournent tous les jours, ou seulement quelques milliers de fours de boulangerie, quelle différence en ce qui concerne la consommation électrique !

Afin d’être sûrs de leur yaourts, ils achètent une yaourtière, et, même principe que pour la machine à pain, multiplient le nombre de petites machines consommant de l’électricité, quand tout ceci pourrait avantageusement être centralisé ; afin d’être sûrs de leurs pâtisseries ils font tourner leur four électrique plusieurs fois par jour, afin d’être sûrs de leurs confitures, ils lancent leur petite fabrique pour trois pots etc…

Enfin, afin d’être sûrs d’être bien approvisionnés en tout ce qui leur est nécessaire, ils s’en vont tous les samedi faire le tour de leurs paysans bio (celui pour les fruits, celui pour les légumes, celui pour les laitages, celui pour la viande…). Peut-être auraient-ils fait ces kilomètres de toute façon, mais il y a fort à parier qu’une seule sortie vers la grande surface de leur choix aurait moins pesé en terme de consommation d’essence que ce butinage automobile. Si l’on tient réellement à réduire la consommation énergétique liée à l’approvisionnement, la solution de se faire livrer par un seul fournisseur est sans doute la meilleure.

Non, malgré tous les avantages qu’il peut fournir au consommateur individuel, malgré sa qualité souvent supérieure et la satisfaction de faire quelque chose soi-même, le « fait-maison » n’est pas la solution aux problèmes environnementaux, c’est même l’une des pire solutions, qui engendre une surconsommation d’énergie, et la prodution de toute une batterie d’ustensiles de confection médiocre, à des millions d’exemplaires.

Pour l’environnement, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le plus supportable est la prodution industrielle !

Cependant, l’agroalimentaire industriel ayant failli misérablement à assurer un niveau de qualité respectueux de sa clientèle, il convient sans doute ici de restaurer la confiance, afin qu’on en revienne à la solution de Platon, où le professionnel est le meilleur producteur. Une approche raisonnable est peut-être celle qui prévalut longtemps, à une époque ou les professionnels affichaient leurs produits avec une fierté certaine, et où leur amour du travail bien fait leur interdisait de faire des économies en employant des ingrédients de moindre qualité, ou en réduisant la durée des cuissons plus que de raison. En ces temps qui nous paraissent si lointains, chaque profession étaient régie par sa corporation. La corporation veillait à ce qu’il n’y ait pas de brebis galeuse, et surveillait jalousement les procédés de fabrication des uns et des autres, mettant le holà aux abus.

Sous les coups de l’industrialisation, du libre-échangisme, puis de la déréglementation à tout-va, le vingtième siècle a quasiment aboli la corporation. Il n’en reste que des « représentants de l’industrie » et autres « communiquants », voire « lobbyistes à la Commission Européenne »; peut-être serait-il temps de la rétablir, cette bonne vieille corporation, aux « corporatismes » si rassurants pour le consommateur ! Car ce qu’on a gagné d’un côté en l’évinçant, à savoir la fameuse « concurrence libre et non faussée » annonciatrice de prix bas, on l’a perdu de l’autre, en vidant les professions de leur âme, en qualifiant de « sclérose » tout ce qui ressemble un tant soit peu à un goût pour la bonne vieille tradition, en laissant la qualité des produits pérécliter au point qu’industriel soit devenu synonyme aujourd’hui de « fade, cancérigène, plein de chimie ». Alors restaurons la corporation, mais en s’assurant que les consommateurs y soient bien représentés.

On sait fort bien qu’il n’y a pas de miracle à attendre, et qu’une industrie ne se régule pas toute seule ; intégrer les consommateurs dans l’instance de régulation, cela prévient les « petites ententes entre amis », et surtout, cela garantit un point de vue « objectif » sur certaines questions : Nombre des abus évoqués plus haut n’auraient jamais obtenu l’assentiment de représentant du consommateur !

Hypocrisie nucléaire ?

May 30th, 2011 | fho

Nous proposons une lecture commentée de l’éditorial récent publié par Nicolas Barré dans Les Échos et intitulé Hypocrisie Nucléaire.

« [l]es raisons pour lesquelles l’Allemagne organise sa sortie du nucléaire[:] C’est pour des motifs purement politiques que la chancelière Angela Merkel… »

L’éditorialiste n’est pas d’accord avec ce qu’ils font. « Motifs purement politiques », autant dire démagogie.

« [E]n disant non à l’atome comme elle dit non au charbon, l’Allemagne se retrouve sans politique énergétique cohérente. »

Est-il plus cohérent d’investir dans une énergie dont les approvisionnements dépendent de la stabilité politique du Niger ou du Gabon ? Est-il plus cohérent de miser sur une énergie émettrice de gaz à effet de serre, à l’heure où l’évolution des émissions menacent les objectifs de Cancun (2 degrés de réchauffement moyen d’ici 2100) ?

« Alors que tous les autres grands pays, [...] cherchent avec plus ou moins de succès à accroître leur indépendance énergétique, Berlin néglige cet enjeu de long terme. »

S’il y a bien une chose que les plumitifs de la presse ne peuvent pas comprendre c’est la notion de compte d’exploitation ! Le fait qu’il y ait des entrées et des sorties dépasse l’entendement, semble-t-il. Les débats sur le déficit de l’État ignorent superbement la possibilité d’augmenter les recettes, ceux portant sur l’approvisionnement énergétique ignorent superbement la possibilité de réduire les dépenses.
Monsieur Barré peut-il seulement concevoir l’idée que réduire la consommation d’énergie est une façon tout-à-fait acceptable d’accroître son indépendance énergétique ?

« En outre, si la volonté de l’Allemagne de développer encore plus le solaire et l’éolien est authentique et devrait même être imitée, »

Attention, attention, concession rhétorique pour mieux contre-attaquer…

« Berlin fait aussi le choix implicite, non assumé, de recourir à l’importation pour combler le déficit programmé d’électricité nucléaire. Derrière la vertu supposée se cache ainsi une bonne dose d’hypocrisie. [...] Car il ne faut pas se tromper : la thèse d’une sortie possible du nucléaire à relativement court terme, supposant concrètement l’arrêt du dernier réacteur d’ici à la fin de la décennie en cours, est largement irréaliste. »

Et la semaine précédant la décision allemande pourtant, pendant que notre éditorialiste méditait de profondes pensées sur l’impossibilité d’une sortie du nucléaire, la réalité combinée des mises à l’arrêt pour maintenance et des mises à l’arrêt pour raisons-démagogiques-post-Fukushima (des sept centrales les plus anciennes), il ne restait en ligne que quatre des dix-sept réacteurs nucléaires allemands normalement en activité. Alors certes, cet hiver il y en aura davantage, mais arriver à zéro d’ici dix ans semble à portée de main, surtout avec le développement du renouvable et si les mesures d’incitation à la frugalité énergétique portent leurs fruits.

« [L]‘Allemagne aimerait bien que [...] les conditions d’exploitation du nucléaire en Europe soient durcies. »

À notre sens, avec une industrie comme le nucléaire, dont les risques sont portés intégralement par l’État (comme la finance…), mais les profits vont au privé (via les tarifs très bas octroyés aux industriels) on ne devrait jamais lésiner sur ni sur la sécurité ni sur les contrôles.

« L’un des atouts de l’industrie française [...] réside précisément dans le faible coût de l’énergie électrique par rapport à nos voisins du fait de la part du nucléaire. Cet avantage est aujourd’hui clairement dans la ligne de mire. »

Ce que nous disions : L’un de nos soi-disant atouts est la subvention déguisée à l’industrie que constitue le nucléaire. Cette subvention ne coûte rien, tant que la catastrophe nucléaire majeure n’a pas eu lieu. Cependant, si l’on veut faire payer ce rique à son juste prix au consommateur (individuel ou industriel), l’atout disparait. On se paie donc de mots en nommant atout ce qui n’est qu’un refus de faire entrer le risque dans la comptabilité.

Si d’autres insistent (en Allemagne) pour vivre sans risque nucléaire, ou avec un risque minimal, et donc des coûts d’exploitation en conséquence, c’est parce qu’ils veulent piquer des marchés à nos champions ? Allons monsieur Barré, quand on vous suit sur le nucléaire, on croirait entendre un agriculteur américain expliquer que les réticences européennes sur les OGM sont une basse manœuvre commerciale, ou un industriel chinois expliquer que les normes sanitaires et environnementales sont des inventions protectionnistes…

Quand c’est dit au Café du Commerce, OK…

April 6th, 2011 | fho

« Je me battrai pour défendre le nucléaire, parce qu’il n’y a pas d’énergie alternative en l’état actuel des choses, sauf à dire aux Français qu’ils vont maintenant se chauffer et s’éclairer à la bougie ».

Nicolas Sarkozy, Nesles, le Mardi 5 Avril 2011.

Au Café du Commerce, on dit ce genre de bêtise, on en dit même de bien plus grosses, c’est la règle du jeu. Par contre quand on est Président de la République Française en exercice, on pourrait se retenir de mettre dans sa bouche des clichés pareils ! La fonction exige un peu de hauteur. S’éclairer ou se chauffer à la bougie n’est la proposition de personne, ce me semble. Pourquoi ressortir pareil poncif ? L’industrie nucléaire ne peut-elle être défendue qu’en ironisant sur ses adversaires ? Pas de meilleur argument ? Ne peut-on pas avoir une discussion factuelle au sujet de l’énergie ?

À côté de la bougie venait dans le discours le mot de « terroriste » aussi. Ne manquait plus que « fanatique », « fondamentaliste » et « Ayatollah », pour faire le grand chelem. À propos d’Ayatollah, nous lisons souvent aussi des penseurs de haut-vol expliquer que l’écologie est une sorte de nouvelle religion : À écouter le chef de l’État ou ses inspirateurs du Café du Commerce, tous à cours d’argumentaires solides, nous en venons à penser que si religion il y a — position prise sur la foi plutôt que sur la raison — c’est du côté de l’anti-écologisme primaire qu’elle se trouve !

Hypocrites électeurs des Verts…

April 5th, 2011 | fho

La Süddeutsche Zeitung (en allemand, en français), accablée par la victoire des Verts allemands dans le Bade-Würtemberg s’est fendue d’un article assez convenu sur l’hypocrisie des électeurs bourgeois votant écolo.

Et de fait, il est extrêmement fréquent de lire, chez des gens qui ne sont pas portés sur les problèmes environnementaux pour un sou (La Süddeutsche, mais aussi la Frankfurter Allgemeine Zeitung, ou les partis de la droite allemande ; en France : Les lecteurs du Figaro), des critiques acerbes sur les « bobos » au mode de vie polluant au possible mais affectant une démarche écologiquement correcte.

Ainsi, l’article s’en prend de façon fort populiste aux employés de Bosch, de Porsche ou de Mercedes : Ces privilégiés travaillent pour une industrie polluante et le savent très bien, mais ils se permettent de voter « vert », sans y voir aucune contradiction.

Nous avons quant à nous une contre-question à l’auteur, car nous voulons les sauver, ces égarés, de leur aveuglement ! Aussi, cher monsieur Schloemann, afin de lever la contradiction, que proposez-vous ? Les privilégiés ainsi conspués devraient-ils renoncer à travailler et rejoindre les rangs des Arbeitsscheue, ces « réfractaires aux travail », contre lesquels s’emportent à longueur de colonne les journaux de la bonne bourgeoisie allemande ? Ou doit-on comprendre qu’en plus de travailler pour un pollueur, ils devraient en toute rigueur voter aussi, plutôt que Vert, pro-business-anti-toute-règle, chose fort recommandable, à en croire le ton des articles que publient les organes de presse du conservatisme germanique ?

Quand on vote Vert, donc, il faudrait être conséquent et être vert sur toute la ligne ? Irréprochable ?

Le plus sûr moyen de dégoûter tout le monde d’une pareille position politique, en vérité ! On voudrait se débarrasser des Verts qu’on ne prônerait rien d’autre ! Pas étonnant de retrouver ce genre de point de vue dans les pages de la mieux-pensante Süddeutsche. Au moins, quand on vote CDU-CSU, on peut se permettre d’être un trou-du-*ul égomane sur toute la ligne. On peut alors rouler en char d’assaut privatif, habiter 400m2 de passoire à chauffage, se bâfrer tous les jours d’une livre d’angus argentin dopé aux antibiotiques, avant de prendre l’avion tous les mois pour un petit week-end dans l’appartement acheté aux Açores pour les vieux jours. Personne n’y trouvera rien à redire, surtout pas ce journal qui recommande d’offrir à ses enfants des parents instruits (La Süddeutsche Zeitung expose des affiches publicitaires avec ce genre de slogan).

Eh, bien sûr qu’il y a de l’hypocrisie dans l’air, chez les exhibitionistes écolo.

C’est entendu, acheter à la supérette bio du coin (ils ont ça en Allemagne) des pommes de terres venues d´Égypte par avion ainsi que quelques pommes et poires d’Amérique du Sud ne sauvera pas la planète. Et certainement que l’éco-quartier Vauban de Fribourg ne sauvera pas la planète à lui tout seul non plus. Mais toutes ces choses-là contribuent à la prise de conscience.

Ceux qui achètent une voiture « écoresponsable » à 40.000 euros, habitent dans une maison passive et se nourissent des produits bio de la supérette sus-mentionnées s’exposent à une critique jalouse et féroce comme celle de l’article, qui les incitera à poursuivre dans cette voie. « Si déjà t’es écolo, pourquoi tu fais pas ceci ou cela aussi ? ». Et hop, cédant à la pression sociale, monsieur je-fait-tout-comme-il-faut fait encore un geste de plus (et exaspère encore un peu plus tout le monde autour de lui).

Car il est là le nœud du problème, la vraie raison de cette critique incessante des traits « écolos » du « boboïsme » moderne, la motivation profonde de l’article de Schloemann, et la raison pour laquelle il parle aux lecteurs aussi : Les écolos nous cassent les pieds et nous donnent mauvaise conscience ; Quand en plus il le font en dépensant des fortunes dont le commun des mortels ne dispose pas, on touche le pompon !

La critique de la Süddeutsche s’exerce contre quelqu’un dont le comportement a le malheur de me rappeler ma propre irresponsabilité. Qui veut bien considérer sa propre responsabilité dans l’avenir de la planète ? Tout est bon pour se dérober, à commencer par la démission : Si je fais un effort, mais les autres rien, ça ne fait pas avancer le schmilblick, autant ne rien faire. Elles sont bien confortables les petites certitudes de ce genre… Et patatra, voilà qu’un hypocrite employé d’un industriel polluant, électeur écolo sans doute, vient, en m’expliquant qu’il se fait installer un chauffe-eau solaire, me mettre le nez dans ma propre hypocrisie ! Mais qu’il commence à rouler à vélo et qu’il aille habiter dans sa grotte éclairée à la bougie, on en reparlera après de l’écologie !

L’autre cause de la critique est la jalousie. Comme relevé par certains, les voitures hybrides extrêment chères, les habitations neuves et bien isolées, la nourritures bio sont devenues des status-symbols. Des signes extérieurs de richesse, ou plutôt de réussite, à l’instar de la fameuse montre qu’il faudrait arborer au poignet quand on a plus de cinquante piges et qu’on estime avoir réussi. Sauf qu’à l’inverse de ladite breloque, les enseignes de l’écologie bon teint font parfois réfléchir — irritent ! —. Pour monsieur Schloemann, les 4×4 de luxe — un status-symbol « normal » — ne sont critiquables que s’ils sont utilisés par des poseurs écolos allant jeter leur verre perdu dans le container prévu à cet effet. Le quartier Vauban et ses maisons passives, en revanche, est critiquable tout le temps : De telles constructions relèvent autant du status-symbol que les voitures taille XXXL, mais constituent en plus en permanence un rappel — irritant ! — qu’un habitat frugal en énergie est possible, même dans une Allemagne aux hivers rigoureux.

Quoiqu’il en soit, il est plus sain pour l’environnement que les riches, fussent-ils employés de Porsche, rivalisent dans l’achat d’habitations et de voitures modérément énergivores,

plutôt que dans une course à la bagnole toujours plus grosse et à la maison toujours plus vaste. Cela donne un signal à la masse : On en vient aux riches de notre précédent article sur les caniches de riches. Voyons si dans le Bade Würtemberg, les caniches vont suivre…

Des ministres et de leurs citations

March 31st, 2011 | fho

L’intervention des armées occidentales en Libye, à l’initiative d’un président en mal de popularité, convaincu par un philosophe de plateaux de télévision nous interroge et nous conduit à faire une petite comparaison franco-allemande.

Voici quelques semaines, en Allemagne, un ministre de la défense en exercice voyait sa bonne foi démentie. Il y avait bien quelques petites choses sur le navire-école de la marine allemande ou bien sur les opérations en Afghanistan, où l’armée allemande est déployée. Mais il est dans l’ordre des choses qu’un ministre de la défense mente un peu sur des questions militaires. Qu’il revête par contre un titre de docteur obtenu avec une thèse dont trois pages sur quatre contiennent des citations non attribuées, cela a été, après deux semaines de polémiques, jugé impardonnable. Le ministre de la défense allemand a été contraint à la démission.

En France, terre de philosophes, il s’en est trouvé un pour écrire voici un peu plus d’un an déjà, un bouquin où il citait l’éminent Jean-Baptiste Botul, philosophe des cercles néo-Kantiens du Paraguay, issu d’un exercice de philosophie-fiction. Notre philosophe national citait allègrement un philosophe imaginaire, avec le plus grand sérieux.

On voit bien qu’entre les deux nations, la considération portée au traitement des citations est fort différente : À Berlin, il suffit d’un défaut de forme sur les citations pour conduire un ministre à la démission, tandis qu’à Paris, un défaut sur le fond dans vos citations ne vous porte aucun tort, bien au contraire, puisque cela ne vous interdit nullement de devenir une sorte de ministre des affaires étrangères inofficiel, pesant davantage sur le cours des choses — rien moins qu’une décision d’entrer en guerre ! — que le ministre des affaires étrangères en exercice.

Le lecteur jugera laquelle de ces deux attitudes est la plus sage et digne d’une démocratie européenne moderne.