Sunday, October 25, 2009

Coupat et la Princesse de Clèves


La France a peur : Des anarcho-autonomes se cachent parmi nous!

Vers la fin de l’année 2008, la population française stupéfaite découvrait qu’elle aurait été à la merci de menaces terroristes provenant d’une mouvance anarcho autonome. Invitant la presse, la police arrête de façon spectaculaire une petite bande de malfrats en puissance. Un faisceau d’indices concordant confirmait leur inclination terroriste: Tous diplômés, vivant à la campagne, tenant une épicerie de village, le tout sans téléphone portable ni téléviseur (encore que ce dernier point soit une pure supputation), au milieu de livres douteux.

Dans leur cachette, ils lisent des livres douteux

On entend de nos jours par livre douteux tout ce qui n’est ni du roman d’espionnage ou d’aventure, ni du roman à l’eau de rose, ni un essai ressuçant les éditoriaux de la grande presse, ni un manuel de comptabilité-bureautique-fiscalité-finance. Si la Princesse de Clèves est nommément visée, à plus forte raison les histoires ayant trait aux aspects politiques de la société contemporaine: la condition humaine, 1984, Farenheit 451. Quant aux essais philosophiques ou politiques, laissez-moi vous dire, mieux vaut n’en avoir jamais entendu parler. Rien que l’idée spinoziste que l’Homme soit autre chose qu’un robot toujours rationnel horripile les économistes à la page (c’est à dire libéraux, c’est à dire libérés-du-catéchisme-marxiste) et mérite l’interdit. Quand aux idées plus farfelues, liées à l’émancipation, celle de Nietzsche ou Heidegger, j’ai déjà évoqué ailleurs combien elles étaient dangereuses puisqu’elles menaient tout droit au 68isme ou au nazisme. Et les conspirations contre l’ordre et le pouvoir d’un situationniste ou d’un auteur de la French School, alors là…

Ils les lisent sérieusement, en plus, leurs bouquins auxquels on ne comprend rien!

Or il s’avère que les individus saisis à Tarnac non seulement possédaient des brassées de livres dangereux, mais qu’en plus ils les avaient lus, comme le prouvent assez les élucubrations publiées par le dictateur de la bande dans une revue datée de quelques années auparavant: Des tirades contre l’ordre établi, écrites à dessein dans une langue absconse permettant de dérouter juges et enquêteurs, tous fonctionnaires, pour qui –la lecture de la princesse de Clèves n’étant plus requise– le texte de Tiqqun serait parfaitement hermétique. Et des fois que la justice retiendrait tout de même la pertinence de Tiqqun, on pourrait toujours expliquer que le bon peuple ne pourrait pas prendre les armes à cause d’un texte aussi illisible. D’ailleurs ce n’est pas Tiqqun mais l’insurrection qui vient qui a été versé au dossier. Un livre au titre explicitement subversif et au contenu dénué des envolées debordiennes et foucaldiennes propres au cerveau de l’affaire.

Et ils organisent déjà la Révolution chez nous!

L’insurrection qui vient explique, avec suffisamment de simplicité pour que même le plus illetré comprenne, la possibilité de renverser l’ordre établi, en partant de très peu d’individus perpétrant de très petites actions nécessitant un très petit budget, comme saboter des lignes de chemin de fer par exemple. Il se trouve aussi suffisamment de sites internet discutant précisément cette question. Quand on tient fermement le pouvoir, on a sans doute raison d’avoir les jetons, d’autant que les coups de semonces “sociaux” comme on dit, se multiplient effectivement ses dernières années. Maintenant appeler ça du terrorisme, le gouvernement n’a fait là qu’appâter le chaland et porter les marchandises insurrection qui vient et prose de Coupat sur le devant de la scène.

Son article dans Le Monde a ainsi suscité bien des commentaires plats et creux, mais il a surtout engagé des milliers de personnes à (re-)lire Debord, Foucault ou Agamben. Et il a donné aux deux exemplaires de Tiqqun une notoriété inespérée.

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Sunday, September 27, 2009

Deleuze sur les Nouveaux Philosophes


Les nouveaux philosophes sont tous usés maintenant, et plus philosophes du tout. Plus nouveaux non plus.

Ils ont gagné pourtant, puisqu’on n’a plus de vrais méchants philosophes bien communiste ou anarchiste. Ils ont gagné puisqu’on les voit partout dans les media. Ils ont gagnés puisqu’ils sont tous à la tête d’une petite fortune personnelle.

Ils ont gagnés puisque l’idéal de notre société n’est ni l’être avec Dieu, ni l’être avec l’autre, ni l’être ensemble. Toutes les statues du commandeur ont été abattues. Ne reste que le conformisme affreux, celui consistant à se saper chez trucmuche dont la réclame constitue la substance des magazines féminins, ou à rouler en bidule dont la télé vante aux mâles modernes, douillets et castrés, engoncés dans leur canapés, la puissance et le confort.

Ils ont gagnés enfin car ils ont réussi où tous les totalitarismes ont échoué: Ils ont subverti la subversion. Ainsi la révolte de ce Mai 68 qu’ils abhorraient tant, a été cannibalisée et les valeurs de Mai 68 ont été détournées pour mieux servir le pouvoir actuel (Cf Le nouvel esprit du Capitalisme).

Et pourtant, certains vous avaient prévenu, disant en 1977 tout le mal qu’ils pensaient de ces gens là, comme Deleuze par exemple:

http://www.acrimed.org/article2989.html

(Lien trouvé sur Une Tétine Dans Le Cœur)

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Bagnole

Les automobiles des années soixante dix étaient très lentes

Dans les années soixante dix, le Jésuite Ivan Illich s’amusait à calculer la vitesse «réelle» de déplacement des voitures. Sa méthode, pour inhabituelle qu’elle soit ne manque pas d’un certain bon sens: La vitesse c’est de la distance divisée par du temps. La distance, c’est la distance effectivement parcourue. Pour faire bonne mesure, il conviendrait d’en déduire les détours par la pompe à essence, par le bureau des autorités s’occupant du véhicule, ou par le garage, détours dont l’humain se passerait bien si le fait de posséder une voiture ne l’y contraignait pas. Mais nous renonçons à cette évaluations et convenons que le kilométrage annuel, ne contient que de la distance utile.

Le temps, c’est le temps passé dans sa voiture, évidemment, mais aussi celui passé à travailler pour pouvoir la réparer, l’entretenir, lui payer son essence, ses assurances et ses impôts. Pour faire bonne mesure, il conviendrait d’ajouter le temps passé à convaincre monsieur l’agent qu’on était en règle, le temps passé à aspirer et cirer la voiture, à lui mettre des pneus neige, à gratter son pare brise par les matins d’hiver. Mais nous renonçons à retenir ces bricoles, d’autant que les arrêts au péage et au bouchon, les tours de paté de maison pour chercher une place libre et les attentes à la pompe affectent déjà la vitesse moyenne.

Le résultat calculé par Illich, malgré les approximations optimistes, tournait autour de 6 à 7 km/heures en 1970, à peine plus vite qu’à pied!

Celles d’aujourd’hui aussi

La Neue Zürcher Zeitung dominicale, du 2 Août 2009 rappelait ces calculs dans le cadre d’un édito où l’auteur, pourfendant les hérauts du «c’était mieux avant», se fendait, lui, d’expliquer pourquoi le monde était tout de même bien mieux maintenant. En particulier, il avançait que les gains de productivité permettaient au contemporain moyen de payer sa voiture beaucoup moins cher en terme de mois de salaire que son homologue états-unien des années soixante dix.

Peut-être; je rétorquerais d’abord que pour pallier les nombreux défauts qu’occasionne la circulation automobile, notamment en terme de dommages physique sur la personne des automobilistes (et accessoirement des piétons et cylistes, mais pour eux rien n’a été fait), les constructeurs de sont efforcé de fabriquer des voitures de plus en plus lourdes, de plus en plus «équipées», de plus en plus chères.

Mais moins, même si elles ne vont pas plus vite qu’un vélo!

Le calcul de la vitesse illichienne s’impose, histoire de vérifier lesquels des gains de productivité ou des gains d’«automobilité» ont eu le plus d’impact.

Considérons donc le budget automobile moyen (mensuel): 400 euros
Le salaire mensuel moyen: 1500 euros
Ce qui fait pour 169heures/mois (39 heures semaine): 45heures par mois, ou 540heures/an, consacrées à travailler pour sa bagnole et rien que pour elle.

À raison de 15000km/an, parcourus à la vitesse moyenne de 60km/heures (généreux, là): 250heures de conduite.

On a donc 15000 km parcourus en 790 heures (conduite+travail), soit 18,98km/heures. Ça n’est plus la vitesse d’un jogger, la voiture du vingt-et-unième siècle a atteint la vitesse illichienne d’un vélo, donc. Le progrès mérite d’être souligné, surtout qu’il concerne un objet aussi central au mode de vie contemporain.

Acheter une voiture est donc encore un acte irrationnel pour l’individu

L’individualiste rationnel devrait donc reconsidérer ses raisons de posséder sa propre automobile; encore aujourd’hui, la question se pose: À quoi bon se donner tant de mal, alors qu’on pourrait rouler à vélo pour bien moins cher? La vraie solution au problème du pouvoir d’achat ne serait-elle pas de renoncer à cet objet encombrant? Un début de solution au fléau du stress, ne serait-ce pas de renoncer à tout ce temps passé à faire vivre sa bagnole plutôt qu’à se laisser servir par elle?

Et un acte contraint lorsque des millions d’individus choisissent d’agir de façon irrationnelle

Pourtant nos sociétés ont fait le choix de la voiture.

On a donc pu mettre les magasins, les bureaux et les usines loin des lieux d’habitation et forcer ceux qui n’avaient pas de voiture à s’«équiper». Et plus le taux de pénétration de l’automobile montait, plus la société devenait tolérante aux distances. Ainsi, le temps gagné par quelques privilégiés dans les années cinquante, sur des trajets de moins de dix kilomètres, est devenu un temps que l’on ne peut plus refuser de consacrer au transport.

Étonnant paradoxe, qui mérite d’être reformulé et souligné: Les gains de temps offert par la voiture sont mangés par la voiture, et rien n’est gagné bien au contraire, puisque l’individu contemporain passe davantage de temps à se rendre à son lieu de travail en voiture, et à en revenir, que son grand père, qui n’avait pas de voiture.

L’automobile devenue la norme rend obligatoire la «mobilité» qu’elle prétend offrir.

Comment expliquer autrement les menaces invraisembables faites aux chômeurs refusant une proposition d’embauche à moins de cent kilomètres de chez eux: Ils ne seraient que des profiteurs que la société devrait punir en cessant de les soutenir financièrement, tant qu’ils feraient preuve de tant de mauvaise volonté!

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Wednesday, April 15, 2009

Les français champions d’Europe d’économie!

Et malgré tout on relève, dans la presse dite de qualité, des passages comme le suivant, qui faisait suite à un exposé sur le thème «la seule sortie c’est la croissance»:

«N’importe quel élève de troisième comprendrait cela.  Mais en France on a décidé de parler le moins possible d’économie, au collège comme au lycée.  Sans doute parce que les professeurs jugent cette matière inutile et vulgaire.»

Yves de Kerdrel, Chronique, dans le Figaro du 14 avril 2009.

Trois phrases, à reprendre l’une après l’autre.

«N’importe quel élève de troisième comprendrait cela»

L’article cité ressortit au «texte d’opinion». La loi du genre —comme celle de ce blog— est de convaincre. Dans le monde que m’ont enseigné mes professeurs de sciences, convaincre se fait par l’enchaînement précis et rigoureux d’arguments pointus. Hélàs, ce qui convainc les mathématiciens —ou quiconque pour qui l’imprécision dans l’expression est fatale: juristes, informaticiens… —ne persuade que peu de monde. On convainc bien plutôt par la rhétorique et les méthodes de la com’, cet autre mot pour manipulation.

Le ton parfaitement condescendant employé ici vis-à-vis de quiconque s’aviserait de penser autrement que l’auteur relève directement de la manipulation. Une manipulation entièrement invisible, sauf si l’on prend le temps de s’y arrêter.  Mais qui a encore le temps de s’arrêter pour disséquer un peu les articles de journaux ?

Outre que le stress anéantit la pensée individuelle, la remplaçant par un pré-pensé, livré par la presse et les media, et nous empêche objectivement de repérer les manipulations, il est à craindre qu’à l’avenir, même le citoyen prenant le temps de la réflexion et passé par les bancs de nos écoles soit livré pieds et poings liés aux spin doctors: Maintenant que l’on s’étonne en haut lieu que La princesse de Clèves soit une lecture obligatoire pour des futurs fonctionnaires —qui ne sont que des robots idiots et dociles derrière leur guichets— les temps où nos lettres françaises sont encore enseignées sont comptés. Or les cours de littérature, encore dispensés dans les lycées, pour inutiles qu’ils soient (selon les économistes et les Présidents de la Républiques), fournissent à chacun les armes intellectuelles permettant de se défendre contre les manoeuvres de propagande grossières.

Que dit de Kerdrel? Quelque chose du genre: «cher lecteur, t’es plus intelligent qu’un élève de troisième non? Alors tu ne peut que penser comme moi». Nulle logique, juste un appel à l’orgueil du lecteur, permettant de diriger sa pensée vers le point de vue souhaité, et accessoirement, un dénigrement des positions autres que celles de l’auteur.

On notera par ailleurs que la tournure est fort condescendante aussi vis-à-vis des élèves de troisième et de tous ceux qui ne sont jamais allés en troisième ou n’y iront jamais. De Kerdrel peut se le permettre vu qu’ils ne sont pas le coeur de cible marketing du Figaro. C’est dans la droite ligne de l’idée que la réussite se mérite, et qu’inversment le manque de succès est le résultat de la paresse. «Z’aviez qu’à être bons et vous remuer le train bande de nazes, si vous vouliez pas rester des larves toute votre vie», en gros. Bien entendu je force le trait, ce qui constitue aussi une façon déloyale de dénigrer le dénigreur.

«Mais en France on a décidé de parler le moins possible d’économie, au collège comme au lycée»

Après la phrase sur les élèves de troisième, on doit comprendre que les français sont nuls en économie, puisqu’ils ne comprennent pas ce que même un élève de troisième comprendrait. Je crois là qu’il ne faut pas prendre nos concitoyens pour plus idiots qu’ils ne sont.

À force d’être pris de haut par des «experts» ayant pignon sur media, ils finissent par se laisser convaincre qu’ils sont nuls en économie. Une étude de BVA faite pour l’Expansion souligne amplement l’image piteuse que les français conçoivent d’eux-mêmes sur la question.

La même étude pourtant les couronne champions d’Europe sur les connaissances effectives! Alors M. de Kerdrel, par pitié cessez vos jérémiades sur la prétendue inculture économique des Français. Ce n’est pas parce qu’ils ne souscrivent pas à tous vos discours qu’ils sont nuls.

Quant au «on a décidé de parler le moins possible»: Puisque les résultats de l’étude indiquent que les Français sont plutôt bons en économie, et que par ailleurs elle indique aussi que leur assiduité vis-à-vis de la presse économique est l’une des plus faibles d’Europe, on se demande bien où les Français ont été chercher leur culture sur le sujet.

L’école tout de même? Quand j’étais en troisième (j’y étais, je puis donc être hautain!), les cours de géographie étaient farcis d’économie (PIB, matières premières, balance des paiements), les cours d’histoire également (1929: inflation, déflation, dévaluation, krach, bourse…). Au lycée encore, l’histoire et la géo revenaient largement sur les questions économiques. Il y avait en plus un cours spécialement dédié à l’économie. Et si j’aime les entrepreneurs, les vrais, pas ceux déresponsabilisés par leur parachute doré et leur stock options, c’est sans doute parce que le professeur d’alors nous expliquait que «même tous nus sous la douche», les chefs d’entreprises sentaient toujours quelque choses peser sur leurs épaules. Le POIDS des responsabilités.

Il me semble donc que «on» n’ait pas décidé ce que les experts nous serinent à propos de l’enseignement de l’économie. Mais depuis que j’étais en troisième vingt ans ont passé, et sans doute les gouvernements ont-ils décidés l’un après l’autre de sabrer l’économie des programmes.

«sans doute parce que les professeurs jugent cette matière inutile et vulgaire.»

Les sempiternelles insinuations sur le gauchisme et l’élitisme du corps enseignant. De Kerdrel dit que c’est un autre débat; en effet, et mené tant de fois que déjà l’on baille en attendant d’assister à la bordée d’injures de rigueur, à l’adresse de ces fainéants-de-fonctionnaires-qui-vivent-grassement-payés-par-le-contribuable-et-sont-en-vacance-la-moitié-du-temps. Un autre débat sérieux et rigoureux, donc. Mais puisque c’est un autre débat, laissons-le pour retourner à la position prêtée aux professeurs.

Je crois que ceux-ci prennent leur rôle très à coeur en dépit des attaques insensées dont ils font l’objet. Leur rôle étant d’ouvrir l’esprit de leurs élèves, d’éveiller leur intelligence, peuvent-ils réussir cette tâche en étant eux-mêmes butés? J’en doute. Les bons enseignants ont l’esprit suffisemment ouvert pour ne prendre aucun champ du savoir de haut en le qualifiant «d’inutile et vulgaire». Contrairement aux experts, chroniqueurs, journalistes et Présidents de la République en exercice, par exemple, qui considèrent la littérature comme une matière «inutile», ce qu’on a déja relevé. À mon sens, qualifier une discipline intellectuelle d’inutile et de vulgaire, en prenant à témoin (Quel besoin vos guichetiers ont-ils de La princesse de Clèves?) le bon peuple, le commun, la foule populaire, celle que le latin nomme vulgus, voilà ce qui à proprement parler relève de la vulgarité!

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Le piratage des belles idées libérales

Yves de Kerdrel, dans le Figaro du 14 Avril 2009, nous a régalé d’une Chronique tout-à-fait uchronique. En la lisant, n’était-ce les références au président en exercice, on se retrouvait deux ans plus tôt, avant la crise, lorsque les papiers faisant l’apologie sans nuance de l’ordre économique, tirant à boulets rouges sur les enseignants et dénigrant hommes politiques et intervention de l’État alourdissaient tous nos périodiques. Ils étaient si omniprésents que leur évidente idéologie passait pour du bon sens.

Maintenant que les absurdités d’hier sont devenues le bon sens d’aujourd’hui et vice-versa, ce genre de textes passent plus difficilement. À vrai dire, ils sont même parfaitement irritants.

Oh, ce ne sont pas la lettre de leurs idées qui m’irritent. Après tout je comprends bien que les patrons de PME méritent l’estime de leurs concitoyens et le soutien des pouvoirs publics: Comme le souligne Yves de Kerdrel dans sa Chronique, ce sont eux qui produisent nos richesses. Sans initiative individuelle ni libre entreprise, la société ne fait aucun progrès. Tout progressisme authentique passe par elles: Une belle idée à laquelle je souscris du fond de mon âme.

Maintenant l’ennui c’est que cette belle idée est détournée de son sens initial, étendue abusivement et indûment, d’un mot: Piratée. L’esprit des articles qui m’irritent est toute autre que leur lettre!

Le petit patron, l’investisseur qui risque ses propres fonds dans une aventure industrielle innovante, l’inventeur entrepreneur sont des figures sympatiques pour tout le monde, et en les évoquant, malheureusement, les idéologues (journalistes, propagandistes, et politiciens madelinistes) tentent de mobiliser leur capital de sympathie au profit des entreprises du CAC40, de leurs patrons et des requins de la finance.

Le patron du CAC avec stock options et parachutes dorés, est assimilé au pauvre patron de PME chicané par l’état, les banques et son client principal, mille fois plus gros, qui traîne des pieds pour payer. Celui qui risque ses économies en prêtant du “love money” à un pote pour qu’il monte sa boîte est pris comme image de l’investisseur en général, c’est à dire du banquier, du gestionnaire de fonds ou de l’actionnaire du CAC.

Il y a là un changement d’échelle qui frôle la fraude. De même que le marché de village n’a rien à voir avec les marchés boursiers, de même les entrepreneurs et investisseurs anonymes du capitalisme n’ont rien à voir avec les grands patrons, les grandes fortunes et les fonds d’investissement. Subrepticement, en jouant sur les mots, les chroniqueurs et autres experts libéraux ont longtemps confisqué tout débat honnête. L’air du temps ayant changé, leur discours prête maintenant davantage le flanc à la critique. Mieux, leur caractère irritant est justement ce qui appelle la critique et suscite la réflexion.

C’est pourquoi à l’avenir je ne me priverai pas de lire les chroniques des Yves de Kerdrel de tout acabit.

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Wednesday, March 19, 2008

Euro, monnaies et inflation

 

Débats à courte vue

«
— L’euro fort pénalise nos exportations !
— Mais n’importe quoi l’Allemagne avec le même euro se porte très bien
!
— Certes, mais sa structure industrielle est totalement différente voyons ! D’ailleurs l’euro bon pour l’Allemagne, mauvais pour l’Italie et la France prouve que ce lit de Procuste qu’est la monnaie unique est une mauvaise idée !
— Oui mais un franc bon pour Paris et mauvais pour l’Aveyron serait-il meilleur ?
»

Propos simplistes tenus par les hommes politiques et les éditorialistes.

Bien sûr avoir une monnaie forte pénalise nos exportations ; bien sûr aussi, de nombreux états jouent la dévaluation compétitive soit explicitement, comme la France le faisait avant l’euro, soit implicitement, en laissant leur monnaie filer, comme les États-Unis aujourd’hui ; bien sûr utiliser une monnaie assise sur une économie plus large est un facteur de stabilité ; bien sûr, on aura toujours des mécontents, à commencer par les hommes politiques, avides de marges de manœuvre fussent-elles illusoires, prêts à offrir aux électeurs un rebond «comptable», à rembourser plus tard sous forme d’inflation. Discuter tout cela est une perte de temps.

Mécanisme de l’inflation

Imaginons un monde clos (la planète du XXIème Siècle, l’Allemagne des années Vingt, l’Europe du XVIème siècle), avec une seule monnaie. Pour faire simple, la somme des prix proposés correspond à la quantité d’argent en circulation. On peut débattre sur la nature de cette correspondance (égalité, proportionnalité, affinité, fonction quadratique etc.), mais une chose semble certaine, appuyée par des siècles d’expérience économique : Lorsque la monnaie en circulation augmente (parce qu’on ramène du Nouveau-Monde des quantités d’or, parce que le gouvernment fait tourner la planche à billets pour payer des «Réparations de Guerre» au voisin, parce que les banques accordent crédit sur crédit), les vendeurs voyant «qu’il y a de l’argent à ramasser» augmentent leurs prix, se sentent soudain plus riches, avant de réaliser que leur bénéfice hors inflation n’a pas bougé d’un iota.

L’augmentation de la quantité de monnaie ne change fondamentalement rien hormis les prix. Tout au plus suscite-t-elle un certain désordre, qui profite aux petits malins qui ont pu se prémunir contre l’inflation. Mais gare lorsque le jeu de la création monétaire dérape, le désordre devient pagaille indescriptible et l’inflation explose. Personne, je crois, ne souhaite ce résultat : On voit donc que le laxisme monétaire est un jeu dangereux.

Banques et banques centrales

Reprenons notre système fermé, la planète, où l’essentiel de la monnaie est produite par le crédit accordé par les banques (l’argent de nos jours est très rarement métallique, rarement imprimé, et le plus souvent un simple jeu d’écriture informatique). À cette monnaie créée par les banques correspond au final de la monnaie créée par les banques centrales. Si ces dernières «mènent une politique de fermeté» les banques ont du mal à trouver des emprunteurs, il y a peu de création monétaire et donc peu d’inflation. Si au contraire les banques centrales décident toutes, pour les raisons que monsieur Chevènement au d’autres sauront exposer mieux que moi, de mener une politique «d’encouragement de la croissance» en baissant leurs taux, les banques accordent des crédits à bas prix, il y a création monétaire excessive, et l’inflation démarre.

C’est malheureusement la situation dans laquelle nous sommes depuis la fin de la «bulle internet» pour les autorités monétaires des grandes zones économiques : Les banques centrales chinoise et japonaise jouent explicitement la monnaie faible pour des raisons de compétitivité. La Réserve Fédérale américaine joue les taux bas également pour sauver l’économie réelle des soubresauts perpétuels de la finance, et surprise, la Banque Centrale Européene, réputée orthodoxe, rigide, «continuant la politique du deutschmark» etc., joue aussi la croissance monétaire (aller voir un peu la croissance de la monnaie en circulation ces dernières années, plus de 5% par an depuis 2005, plus de 11% depuis juin 2007) !

On peut bien expliquer l’inflation actuelle par les chinois devenus depuis peu buveurs de pétrole et mangeurs de beurre, il n’en demeure pas moins qu’au niveau mondial, il y a inflation. Et si chacune des grandes économie veut tirer encore plus court que la concurrence et produire encore plus de monnaie, l’inflation actuelle paraîtra bientôt fort modérée.

Bref, au petit jeu de la dévaluation compétitive, personne ne gagne, pas même un peu, et tout le monde risque de perdre, potentiellement beaucoup.

Le salut par les taux de changes

Imaginons un instant que toutes ces «monnaies de singes», simples artefacts numériques ne se soient pas complètement équivalentes, car soumises à des taux de change flottants : Les monnaies dont l’expansion est la plus modérée s’apprécient par rapport aux autres monnaies. C’est le cas de l’euro en ce moment. Ou du dollar ; Australien, néo-zélandais ou du canadien, s’entend !

Nous somme certes dans un monde soumis à une croissance monétaire irresponsable, cependant notre monnaie se déprécie un peu moins que d’autres. Réjouissons-nous
! L’inflation mondiale nous assaille, celle liée à notre propre expansion monétaire aussi, où serions-nous si nous voulions une monnaie plus faible que le dollar afin de «doper notre croissance pour soutenir l’emploi» ?

Et bien l’inflation sauterait allègrement au dessus des cinq pour cent, comme c’est le cas en Chine (avec d’autres facteurs aggravants, j’en conviens) et comme ce sera le cas au USA lorsque le nouveau président entrera en fonction. Nos concurrents de la «zone dollar» auront profité un an de taux de changes favorables, avant que l’économie ne s’adapte, comme par le passé : En mai 2006, frôlant 1,30$, l’euro était surévalué, en mai 2007, à 1,35$ non. Un an de dollar au taux de change actuel et Lexus, Boeing ou Westinghouse seront contraints de monter leurs prix en dollar au niveau des prix de BMW, d’Airbus ou d’Areva. En fait, laisser-faire règle le problème aussi vite qu’intervenir pour déprécier l’euro, et présente l’avantage majeur de ne pas attiser l’inflation.

Le problème n’est pas le niveau des taux de change, le problème est la «brutalité» de leur mouvements, pour parler comme M. Trichet.

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Tuesday, February 26, 2008

An Obama in France? It won’t happen soon.

C’est ainsi que le Herald Tribune intitulait sa lettre d’Europe du 26 février 2008 (in english). Personne d’honnête je crois ne peut contester que l’auteur ait parfaitement raison, on ne verra pas de sitôt un noir ou un arabe au deuxième tour de l’élection présidentielle par exemple. D’ailleurs le vrai pendant à un noir président des américains serait un arabe, pas un noir, président des français. Les noirs sont chez nous un (tout petit?) peu moins sujet à mépris public que les arabes. Quoiqu’il en soit, les français issus de l’immigration, comme on dit pudiquement, sont exclus du jeu politique; c’est un fait. Nous y reviendrons.

Mais il importe de donner tout de suite la réplique à ces anglophones américanophiles du Herald Tribune

et calmer le chauvinisme qui me titille d’autant plus que je ne suis qu’un «singe capitulard bouffeur de fromage,» né dans un «petty country.» Si vous êtes américanophile, laissez de côté le prochain paragraphe, une louange au greatest country of the world: nul besoin de prêcher aux convertis.

Je m’empresserais de dire que les donneurs de leçons américains pourraient prendre exemple sur nous, et plus encore sur l’Angleterre ou l’Allemagne; en effet ce n’est pas chez ce peuple prétendûment éclairé que nous avons vu la première fois des femmes en finale des présidentielles, ou devenues chef du gouvernement; la posture bien-pensante des américains ne doit pas faire illusion, à ce petit jeu, nous sommes encore en avance en France, pays pourtant latin, réputé macho et tutti quanti. Certes, un jour les démocrates auront choisi, et nous pourrons nous considérer soit en avance sur les discriminations sexuelles mais en retard sur les discriminations raciales, soit à égalité sur les deux terrains (léger avantage pour nous et notre ex-premier ministre femme Mme Cresson; léger avantage pour les Ricains qui prouvent par Obama et Condi que les noirs ont des chances décentes de venir aux affaires). Donc chers concitoyens, pas de complexes vis-à-vis de cette merveille de démocratie, dont le destin manifeste est d’éclairer le monde — mais pourquoi Bartholdi leur a-t-il fait une statue pareille, elle leur monte à la tête — que constituent les US of A.

Mais revenons sur le fond de l’article, qui est cette affaire de race.

Pour qu’une race soit traitée de façon juste, il faudrait qu’un de ses représentant soit élu aux plus hautes fonctions.

Voilà ce que l’auteur veut nous faire avaler. Le symbole est sans doute fort, mais ce n’est qu’un symbole, rien d’autre; lorsque l’auteur du Herald pointe le peu de non-blancs à l’Assemblée nationale, il a bien plus raison que lorsqu’il fait du populisme sur «un noir en finale» (enfin, bientôt, euh, peut-être, si les démocrates le veulent ainsi).

Ne nous laissons pas aveugler par les apparences; la race, c’est du pipeau, et c’est souvent une excuse facile qui permet de profiter de la prime aux victimes que notre société névrosée offre avec munificence à quiconque en fait la demande. Voir un noir ou même seulement un fils d’étranger devenir président, ce n’est pas en soi un progrès. Oui, Obama est le fils d’un kényan, oui on voit dans la presse sa grand-mère éplucher des épis de maïs. Et oui, c’est très bien s’il a le droit de représenter son camp. J’ai juste peur que si Obama était le fils bien blanc d’un clochard polonais, personne ne s’extasierait et ne voudrait donner de leçons de bien-pensance aux français: Quel dommage! Car ils auraient bien besoin d’une petite leçon les français. Et les américains aussi, par la même occasion.

Je parle d’un fils de clochard, c’est que pendant la campagne de notre actuel président, certains ont essayé de nous vendre l’histoire de son père, qui à peine débarqué à Paris, sans moyens, passa l’une ou l’autre nuit d’hiver sous l’Arc de Triomphe: Voilà que les français auraient élu un métèque fils d’indigent? Nenni!

Monsieur Sarkozy de Nagybocsa Père avait peut-être la peau dure, mais il n’était jamais un clochard: Il venait d’une grande famille fortunée, et l’Histoire l’a forcé à prendre le chemin de l’exil. On ne saura jamais s’il a vraiment tout laissé en Hongrie ou trouvé le moyen de récupérer une partie de ses biens. Sans doute non. Quoiqu’il en soit, s’il a passé quelques nuits sous les ponts, il a vite refait fortune.

Donc oui, nous avons un fils de métèque comme président, et non, ce n’est pas un fils de clochard, c’est un fils de la grande bourgeoisie européenne, au même titre du reste que cet autre qu’il abomine, le fils de 68 par excellence, Daniel Cohn-Bendit.

Pourquoi Danny le Rouge subitement, dans ce pamphlet censément sur les Noirs? Pas pour le rouge, ni pour le noir, ni pour aucune couleur.

Le problème, ce n’est pas la couleur de peau de nos hommes politique.

Le vrai scandale est qu’il viennent tous de la même caste, celle de la bourgeoisie: du coup, en effet, seule la population blanche est représentée. Mais il faut bien comprendre que ce n’est qu’une conséquence du recrutement des élites politique dans une seule classe sociale. Un critère qui exclut presque à coup sûr de toute carrière politique dans ces hautes sphères (ministre, président) est celui de l’éducation des parents, ou plus précisément dans notre système patriarcal, le niveau d’étude du père: Ton papa n’a pas de diplôme universitaire ou équivalent? Dis, tu voulais toujours faire plombier je crois, non? Pas homme politique quand même!?

Là, je voudrais rendre hommage à notre président d’avoir nommé ministre une fille d’immigrés (une femme arabe? Et alors?) dont le père était maçon, point barre. Que la carrière de ministre de Rachida Dati se fasse plus dans la presse people que dans les fonctions auxquelles elle a été nommée n’enlève rien à son impressionnante biographie, qui commence à un niveau socio-économique que nos élites politiques ne peuvent pas se figurer et qui pourtant représente une fraction de l’électorat bien supérieure en nombre à la seule frange bourgeoise de la société.

Une suggestion s’impose pour contribuer au débat sur la discrimination positive:

Par pitié ne jetez pas d’huile sur le feu des animosités interraciales, ce n’est pas la couleur de peau, ou le fait d’habiter en banlieue qu’il faut discriminer positivement, à l’entrée de Sciences-Po par exemple, mais l’origine socio-économique des parents: X places pour les candidats dont aucun des parents n’a de titre universitaire. Si l’on me dit que c’est de l’utopie, je répondrait que la doctrine officielle du mérite et de la compétition généralisée implique tacitement que les chances doivent être équilibrées: «à vaincre sans péril on triomphe sans gloire». Si c’est la compétition que l’on souhaite, ouvrons-la, tâchons d’avoir tout les concurrents sur la même ligne de départ. Si c’est la ce qu’on veut, il faut aller encore plus loin, afin de générer un féroce brassage social apte à remettre en cause les vrais privilèges, rigidités et corporatismes qui freinent notre société: Limiter le nombre de places accessibles aux rejetons des «docteurs ès» et autres «issus des grandes écoles» à la part que ces gens-là représentent dans la société. Et encore, cela ne suffirait pas au rééquilibrage: Les «fils-de-bien-diplômés» ont de puissants appuis sociaux qui font qu’ils réussiront leur existence de toute façon, même sans passer par les écoles d’élite de la République…

Et revenons à la petite leçon dont auraient besoin les américains.

On nous a tartiné sur Condi, une femme, noire, issue de l’immig… err non. Ben pourquoi on s’extasie alors? Vu le flan qu’on nous a fait sur la dame, la bourde de Sarko se comprend. Et je comprendrait aussi que Condi dont la carrière universitaire n’est qu’un long 20/20 s’offusque si l’on s’imagine qu’elle ne doit ses fonctions qu’à sa couleur de peau et seulement accessoirement à ses compétences.

Maintenant un peu de politique fiction: Si notre président avait raison et que Condi était une femme issue de l’immigration, fille de maçon comme Dati, vous croyez vraiment qu’elle aurait eu des chances autres que théorique de devenir ministre des affaires étrangères?

Et si Obama était le fils d’un maçon?

Chers amis américains, arrêtez de vous donner bonne conscience à peu de frais sur l’origine ethnique des gens. Les vraies causes des injustices qui vous révoltent sont ailleurs.

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Friday, January 11, 2008

Héritage, un reliquat féodal

Dans les premiers siècles qui ont suivi la Révolution Française, un reliquat d’Ancien Régime parvint à se maintenir jusqu’à nos jours, survivant même à la tempête de mai 68, je veux parler de l’héritage. Cette institution garantit à ceux qui se sont donnés la peine de naître (riches) qu’ils mèneront une existence confortable, et que leurs progéniture en fera autant.

Le parallèle avec les dynasties aristocratiques est patent : Un lointain ancêtre se taille une position par quelques «mérites» et, les deux oreilles calées sur de mols oreillers, une lignée de descendants en tire les bénéfices. La différence par contre, entre l’aristocratie féodale d’alors et l’aristocratie pécuniaire d’aujourd’hui est plus subtile : La première aristocratie avait pour raison d’être la défense du pays par les armes, on l’a éliminée. La seconde a été maintenue, bien qu’elle n’apporte qu’un maigre bénéfice à la société. Elle peut bien prétendre défendre le patrimoine de la Nation contre les prédateurs étrangers ; en vérité, personne ne s’en laisse conter, le Capital n’ayant pas de patrie, hormis les paradis fiscaux bien entendu.

En ces temps où le mot «réforme» est répété sans relâche, je propose donc de parachever le travail de la Révolution, et de guillotiner l’héritage.

… que tous les partis supprimeraient, …

Cette proposition devrait je crois contenter tout l’échiquer politique.

Pour l’extrême-gauche, elle réduit les inégalités de patrimoine à la naissance, ce qui est un pas important dans la réduction des inégalités tout court : La proposition anéantit d’un coup de baguette magique la mécanique essentielle de perpétuation des inégalités.

Pour la gauche réformiste, voilà une façon de changer la vie sans faire la Révolution : Privés de l’héritage tant attendu, nombre de «fils de» sont mis sur la touche, libérant autant de places dans les couches socio-professionnelles supérieures : Un appel d’air bienvenu, propre à remettre en marche le fameux «ascenseur social», en panne depuis que la croissance économique n’est plus ce qu’elle étaient après la Guerre.

Pour tous ceux qui ont foi dans le marché, tant à gauche qu’à droite, j’arguerais que la réforme proposée permettrait de décupler l’efficacité de ce dernier, racrochant notre société au «train du progrès» et de la «croissance». Un problème des marchés financiers et immobiliers est leur manque de liquidité : Les particuliers fortunés restent assis sur leur trésors et ne proposent jamais leurs actifs à la vente. Or que se passerait-il dans notre monde sans héritage lorsque meure une des grandes fortunes du pays ? Ses liquidités iraient au fisc, ainsi que ses titres et ses actifs immobiliers, et ce dernier revendrait prudemment tout cela, prenant soin de ne pas faire effondrer les cours : Résultat, les marchés à bulles, l’immobilier et la bourse seraient réapprovisionnés en permanence par les possessions des morts, ils deviendraient plus liquides, donc plus efficaces !

Pour la droite libérale, celle qui peste contre le «trop d’État» et le «trop d’impôts», l’élimination de l’héritage ne saurait avoir que des charmes, car tout ce que le fisc récupèrerait en dépouillant les morts, il ne serait plus obligé de le prendre aux vivants ! Voilà une réforme à mener de front avec une mise à plat des régimes d’imposition : Moins d’impôts pour les vivants, ça soulage les «forces vives» (au sens propre!) de la nation et donne un coup de fouet extraordinaire à notre économie !

Pour la droite conservatrice, enfin, cette réforme va indubitablement dans le sens de ses prêches sur la richesse comme produit du «travail opiniâtre», de la «compétition» et du «mérite» : Pour que la vie récompense les meilleurs, il faut briser les «corporatismes» et les «rigidités», supprimer les «privilèges» indus dont profite actuellement une minorité d’individus. La compétition en sera plus équitable, et ce seront vraiment les meilleurs plutôt que les mieux nés que la fortune récompensera. La fin du privilège de l’héritage libèrera les énergies des plus méritants, qui sauront que leurs efforts ne seront pas payés par le dédain et la morgue des rentiers. Enfin notre société, remise en en ordre, donnera à nouveau les bonnes incitations !

La droite nationale, quant à elle, conviendra qu’une réforme qui fait des français un peuple encore plus dynamique et travailleur qu’il ne l’est déjà est bonne à prendre : Car les immigrés peu méritants se retrouveront rapidement disqualifiés, et les candidats à l’immigration réviseront vite leurs plans en voyant les efforts auxquels il faut consentir pour vivre en France. Seuls ceux qui souscrivent pleinement aux dures et hautes exigences de nos valeurs et de notre éthique viendront. Notre nation pourra s’ennorgueillir d’offrir généreusement l’émancipation civilisatrice à ces hommes méritoires.

…s’ils étaient honnêtes quant à leurs professions de foi.

Réflechissant à ce large consensus politique en faveur d’une nouvelle abolition des privilèges, je me demande bien pourquoi aucun parti ne la réclame.

Mon intuition est que tous nos partis, chacun dans un certain sens, sont extrêmement conservateurs quel que soit leur discours par ailleurs.

L’extrême-gauche ne veut pas d’une réforme, elle veut la Révolution, mais sait pertinemment que les français n’en veulent pas; elle est donc pour l’immobilisme.

La gauche parle d’ascenseur social. Mais elle a depuis longtemps un électorat débordant largement vers le haut de la classe moyenne (qu’on se souvienne du tollé provoqué par François Hollande affirmant qu’on est riche à partir de 4000 euros par mois!), or pour que l’ascenseur social marche, il faut aussi que le «descenseur» social fonctionne, qu’il se libère des places en haut, et cela on ne peut pas le dire, ni le faire avaler aux classes moyennes supérieures.

La droite libérale n’entend pas non plus faire fonctionner un descenseur social, puisque tout n’est que progrès pour elle : Pas de descenseur, donc pas de suppression de l’héritage, car sans héritage, comment les fils des meilleurs pourraient-ils maintenir leur niveau social ?

Enfin, la droite conservatrice et la droite nationale sont conservatrices par définition, et n’envisagerons jamais d’examiner cette idée de réforme.

Ce double tour d’horizon polique enseigne à se défier quelque peu des discours politiques. La société française se complait dans un consensus défendant l’héritage, mais dans le même temps, ses représentants politiques développent des points de vues en totale contradiction avec ledit consensus. S’en rendent-il seulement compte ? Et ceux qui les écoutent ?

Tout bien considéré pourtant, nous n’avons que ce que nous méritons, et le corps politique nous tient les discours que nous voulons entendre.

C’est ainsi que la démocratie, construite sur l’abolition des privilèges votée la nuit du 4 août 1789 continue de pérorer sur les «privilèges» exorbitants dont profite la «corporation» des fonctionnaires, plutôt que, fière de sa tradition, poursuivre l’abolition des vrais privilèges, ceux liés à la naissance, en supprimant l’héritage, avantage exorbitant lié au fait d’être né rentier. Euh pardon, investisseur je voulais dire.

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Wednesday, January 2, 2008

les petits génies de wikipédia

Pourquoi les enfants sont à l’aise avec les nouvelles technologies

Les enfants n’en sont pas forcément conscients, mais à moins d’être des gosses de riches occupés constamment à soigner leur sociabilité future par un emploi du temps de ministre (théâtre, solfège, cathéchisme, piano, judo, gym, équitation etc), ils disposent d’une réserve de temps libre qui laisse sans voix le commun des adultes, assujetti à l’obligation d’assumer sa propre subsistance, obligation qui prive la plupart d’entre nous d’environ trente-cinq heures (au bas mot!) toutes les semaines.

Avec tout ce temps libre, il ne faut pas être trop surpris de voir les gamins se comporter comme des petits génies des technologies modernes, voire comme les initiateurs de leurs parents sur ces questions: Tandis que les adultes se coltinent leur boulot, les travaux domestiques et l’éducation de leur progéniture ils ne peuvent pas dans le même temps investir quatre heures par jour pour acquérir les savoirs indispensables à tout homo sapiens moderne: vivre une second vie, changer la sonnerie du portable tous les jours, connaître toutes les rumeurs de la blogosphère et les propager, expérimenter les trucs pour gagner à C&C et tout en maintenant sa musicothèque à jour des tubes du moment.

Les vieux sont donc condamnés à paraître incultes aux yeux de leurs enfants et à s’extasier devant leurs talents. Oh, rien de vraiment nouveau là-dedans, direz-vous, seules les technologies ont évolué, et les parents actuels sont finalement dans la même situation que les parents d’il y a vingt-cinq ans ou d’il y a cinquante ans…

Depuis quand les adultes sont-ils dépassés?

D’abord, on ne peut pas remonter le temps trop loin de cette façon. Il n’y a pas si longtemps que cela que les enfants des pays développés ont autant de temps pour eux. Ensuite, les adultes se sont longtemps réservé les technologies. Les premiers trains électriques, les premières télés et voitures téléguidées étaient les jouets du papa qui initiait son gamin. Mais passé ce cap, le gamin ne pouvait rien découvrir de neuf avec ces jouets, sauf à les démonter peut-être, pour tenter de comprendre comment ça marche et comment en faire autre chose, comment les transformer en fonction de leur imagination. Bien peu de gamins ont dû s’y risquer, de peur de se prendre une râclée quand le père verrait que «son» jouet a été cassé…

On peut dire que cette situation traditionnelle perdure jusqu’à l’apparition des premiers ordinateurs programmables. D’une part, ces nouveaux jouets offrent une panoplie d’usages qui rend risibles les jouets d’avant, tous mono-usage. Ensuite, ces nouveaux jouets ouvrent aux enfants la possibilité de donner une «réalité» à leur imagination: Là, passé la phase d’apprentissage en compagnie d’un adulte, l’enfant peut faire d’autres choses que ce qu’on lui a montré, et mieux, il peut faire ce que les enfants avant lui ne pouvaient pas faire, il rend «tangible» son imagination et peut enfin la montrer à l’adulte!

Avoir une imagination débordante est le fait de tous les enfants, depuis toujours; pourtant, les adultes ont une tendance irrépressible à refuser d’«entrer dans le jeu», à refuser de voir les fées et les monstres. Les enfants ont toujours reconstruit une réalité «derrière» ou «autour» de leurs jouets, mais ce n’est qu’avec l’ordinateur qu’ils peuvent forcer les adultes à entrer dans le jeu. Et cela marche d’autant mieux que l’enfant fait la démonstration de cette réalité seconde sur l’outil des adultes! Rien à voire avec le dessin, donc, l’ancienne façon pour les enfants de représenter leur imagination, mais que peu d’adultes pratiquent et qu’il regardent le plus souvent avec suffisance.

Là où quelques années plus tôt, ils n’auraient vu qu’un gamin perdu dans ses rêveries, parents et éducateurs ne peuvent retenir leur admiration: «Ô le petit génie!». Notons cependant que les enfants qui se confrontent à ces nouveaux jouets et parviennent à faire toucher du doigt leur imagination ont tout de même fourni un travail dépassant largement le travail de l’imagination laissée à elle-même, dans un vagabondage sans limites ni contraintes; programmer ses jeux, créer de nouveaux niveaux, définir son personnage c’est bien souvent un véritable travail, qui demande soin, patience, concentration, et force l’enfant à articuler très précisément sa pensée. Après tout, cela peut réellement justifier une certaine admiration, surtout de la part d’adultes qui n’ont pas la même obstination que leurs enfants.

On voit donc que certains mômes des années 80-90 sont devenus des «génies» grâce au monde ouvert par l’ordinateur et les jeux électroniques. Adultes, tremblez! Certains enfants d’aujourd’hui risquent de devenir encore plus géniaux!

Pourquoi les petits génies à venir seront encore plus stupéfiants

Considérons la curiosité des enfants: Illimitée! Dans ces conditions, quel enfant n’a pas été frustré un jour ou l’autre par les insuffisances des adultes, leur indisponibilité, ou les manques de la documention consultable à la bibliothèque de l’école, maintenue dans un état d’indigence par soucis pédagogique ou pécunier? Et bien cette frustration est finie! Internet en effet est un outil miracle pour les chères têtes blondes travaillées dans leur désœuvrement par le démon de la curiosité: Les curiosités frustrées ne sont plus! Si un gamin de neuf ans se prend de passion pour n’importe quel sujet, il peut via Wikipedia et d’autres sites se constituer un bagage culturel avec lequel il pourra facilement se mesurer à ses instituteurs et plus tard professeurs.

Oh, je sais, accumuler le savoir ne suffit pas — pour faire plaisir à Sarkozy: puisque nous vivons dans un monde dominé par les héritiers de 68, qui ont dénigré le savoir! — et les enseignants continueront d’avoir la main, heureusement d’ailleurs, eux qui savent quoi faire de leur savoir, sont capables de le mettre en perspective, et de l’inscrire en relation avec d’autres savoirs. Mais ne doutons pas que des enfants qui ont pu satisfaire grâce au net leur appétit de savoir, devenant adultes et apprenant à mettre une telle érudition au service de leur intelligence susciteront eux aussi l’émerveillement.

Que les desespérés de l’ascenseur social se rassurent: De tels enfants seront forcément issus de classes modestes, car devenir un génie prend du temps, dont le sempiternel cathé-piano-judo prive cruellement les camarades d’école mieux nés.

Je prévois donc l’apparition de toute une pléïade de petites Hypathies, de petits Avicennes et autres Pic de la Mirandole en culottes courtes. Peut-être sont-ils déjà là d’ailleurs. Internet est assez vieux pour que les petits génies qu’il engendre soient déjà parmi nous!

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Wednesday, June 13, 2007

L’assureur, le nouveau Léviathan

Naissance du Léviathan

Un jour, une brute épaisse terrorisa ses semblables, qui acceptèrent sa «protection». La brute épaisse devint un petit chef, ses voisins son «bon peuple», et les humains plus lointains des ennemis, qui en vinrent rapidement à s’organiser de la même façon, à savoir, en se blotissant sous les gros biceps d’un «protecteur». Cette forme politique devint héréditaire, avec de bonnes lois privilégiant l’aîné afin d’assurer la stabilité de la société. Il se trouva même des philosophes pour expliquer combien une telle organisation profitait finalement à tout le monde, et que l’existance d’un État, d’un Léviathan détenant le monopole de la violence était non seulement inévitable, mais également désirable.

Réjouissons-nous, l’humanité a progressé depuis, elle a inventé la démocratie, le gouvernement par le peuple pour le peuple, qui anéantit les derniers opposants du Léviathan, en rendant son monopole de la violence acceptable par tous.

Faiblesses de l’État politique moderne

Que la liberté d’opinion dont on fait tant de cas soit tout-à-fait insignifiante pour le commun des mortels — qui peut bêler tant qu’il voudra sans que personne ne l’entende jamais — et ne sert qu’à satisfaire l’ego de quelques journalistes, comme le remarquait déjà Karl Krauss avant-guerre, que la démocratie tourne à la farce quand se retrouve en finale des élections présidentielles un unique candidat éligible, contre un autre dont personne ne veut, jusques et y compris parmi ses propres électeurs, que le gouvernement une fois élu fasse autre chose que ce que le candidat avait promis, tout ceci sont des faiblesses bien comprises dont nous ne débattrons pas ici.

Que le gouvernement, ou plus exactement la branche législative voie son ordre du jour fixé par les dates-butoir décidées à Bruxelles (par nos ministres qui se gardent bien de rendre compte de leurs activités là-bas), et soit contrainte de «transposer les directives» souvent contraires aux désirs de l’électorat, cela non plus ne fera pas l’objet de longs développements.

Les media aux aguets

Nous ne gloserons pas plus longuement sur le pouvoir exorbitant des media, capables de faire gober à une majorité d’américains que l’Iraq produisait des armes de destruction massive et à une majorité de français que leur pays était le bienfaiteur de l’Afrique.

Les media, clairement, tentent, en vertu de cette loi infaillible qui fait que chaque organisation cherche à maximiser son pouvoir, à remplacer l’État défaillant, dans la construction de grands mythes susceptibles d’anesthésier le peuple, à défaut de conquérir son adhésion pleine et entière. Mais les media n’exerçant pas d’autre violence que symbolique, ils ne remplaceront jamais l’État.

Les multinationales et leurs actionnaires

Si les états lâchent la «gouvernance», ce sont les multinationales qui la reprennent, en dictant leur règles, en délocalisant depuis les zones pas assez «coopératives», j’allais dire «collaboratives», pour investir là où l’on est moins regardant. Ces multinationales elles-mêmes, cependant, sont aux mains de leurs actionnaires, qui maintiennent les membres des conseils d’administration sur un siège éjectable, en exigeant une progression du cours de l’action à la bourse de 15% l’an, que l’on n’atteint qu’en mettant le personnel à la rue et en pressurant les fournisseurs.

Qui sont-ils donc ces terribles actionnaires, inhumains pourfendeurs de tout «bon sens» dans leur exigences? De vilains capitalistes, suppôts des banques et autres groupes financiers, sans aucun doute. Mais c’est un peu court.

L’assureur entre en scène

Oui, l’assureur, l’assureur-vie, d’abord, celui qui va prêcher aux jeunes actifs que la retraite par répartition, ils peuvent bien se la carrer profond, et qu’ils feraient bien de «prévoir», c’est-à-dire de placer leurs économies sur un plan quelconque. Où croyez-vous que va tout cet argent? Oh, une partie sert à payer l’assureur; j’ai cependant la naïveté de croire que la plus grande partie va «en bourse», ajouter aux pressions pesant sur les multinationales.

Et commence à dicter des lois aux états…

Notez que l’assureur, pendant qu’il démarche les particuliers, met aussi sur la table des ministres, via le débat sur les retraites, la légitimation, que dis-je, l’obligation pour chacun de souscrire une assurance-retraite pour pallier les défaillances de l’État. Une réforme après l’autre viendra, qui réduira chaque fois un peu plus la part de la retraite par répartition, pour mieux faire gonfler celle de la retraite privée, souscrite chez un assureur.

…puis aux banques et aux entreprises!

Qu’elles s’en rejouïssent ou non, les entreprises ont besoin de crédits, qu’elles vont chercher, le plus souvent, chez les banques. Mais, heh, les banques n’avancent leurs sous que si c’est sans risque pour elles. Conclusion, elles assurent leur crédit auprès d’un spécialiste du risque, d’un assureur, donc. Et devinez quoi, l’assureur, lui, ne couvrira les banques que s’il a des garanties que l’opération est sans risques. Mais comment savoir si quelque chose est sans risque?

Basel II! Un jour les assureurs ont organisé une grande conférence, définissant les «bonnes pratiques», entendez les pratiques sans risques. Basel II est un codex décrivant minutieusement tout ce qu’une entreprise doit faire pour être conforme. Cela suppose dans toutes les entreprises petites ou grandes des changements profonds dans tous les domaines, par exemple une révision de fond en comble des systèmes informatiques!

Ce document a bien force de loi, car son non-respect est puni sévèrement: Pas conforme? Pas de crédit! Pas de crédit? Pas d’investissement! Pas d’investissement? Pas de croissance, la boîte végète et finit par mettre la clé sous la porte.

Le nouveau léviathan et son bon peuple

Oui, l’assureur joue ce rôle, longtemps dévolu à l’État. Sa violence reste confinée au monde financier, certes. Mais ce monde régit tout les autres acteurs. De fait l’assureur est capable de transformer la réalité à ses désirs, passant au dessus des autres pouvoirs, et avec une légitimité populaire nulle.

Qui parle ici du peuple? Quelle idée! Laisser la parole au peuple! Mais bonnes gens, l’assureur ne veut que votre bien!

Souvenez-vous du temps où vous trouviez dans tous les cafés des boîtes d’allumettes dont on pouvait gratter le bout soufré sur toutes les surfaces? Soyez heureux! Maintenant vous ne trouvez plus que des allumettes de sûreté, qui ne s’allument que si on les gratte sur la surface brune de la boîte d’allumette! Voilà! Combien d’incendies évité dans vos maisons! Hein bon peuple?! Et comment croyez-vous que les allumettes dangereuses aient disparues? Simple, on explique aux cafés, aux transporteurs, aux droguistes que non, rien n’est assurable tant qu’elles sont là.

Idem pour vos voitures, bon peuple! Croyez vous qu’il y aurait des air bags partout si nous autres assureurs n’en avions pas assez de payer des fortunes de chirurgie esthétique à tous les accidentés?

Allons bon peuple, pour votre bien et le nôtre, «collaborons». Vous êtes vous même des assurés, d’une façon ou d’une autre. Ce qui est bon pour nous est bon pour vous aussi! Si vous collaborez, promis, nous n’augmenterons pas les impôts, euh, les primes cette année.


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