Et voilà, c’était le Huit Mars récemment, et comme tous les ans, les gnan-gnanteries féministes jargonnant sur les inégalités homme-femme à longueur d’éditoriaux bien-pensants ont de nouveau fichu la nausée au mâle dominateur discriminateur anti-égalitariste macho et-tout et-tout que je suis, faute d’être né du seul sexe qui soit à la fois honnête, travailleur et égalitaire, et ne souffre d’aucune des tares qui pour le malheur de l’Humanité tout entière, hélàs! affecte la seule moitié masculine. C’était un peu comme tous les ans, en creux de l’émancipation féminine, le jour du dénigrement de l’homme avec un petit h.
Égalité femme-homme
La première chose qui me chiffonne, c’est le sempiternel aggrégat de mots les inégalités homme-femme. Jamais les inégalités femme-homme par exemple. Quand on se gargarise d’égalitarisme entre les sexes, être incapable de renverser (de temps en temps) un grumeau aussi affreux et indigeste, qui fait passer les hommes en premier, au mépris de toutes les conventions imaginables, que ce soit celle de la galanterie, celle de l’alphabet ou celle de l’évacuation des bâtiments en perdition, c’est un peu décevant.
La deuxième chose qui me chiffonne, c’est le rejet sur l’autre, en l’occurrence l’homme, de tous les torts. En particuliers ceux liés à la vie familiale (où je ne cherche pas à enfermer les femmes, merci par ailleurs de noter que les hommes peuvent avoir aussi une vie familiale, ça nous éloignera des préjugés stupides). Or il y a deux niveaux où chaque femme peut lutter concrètement: Celui de sa propre existence, celui de la société. Le vrai tort est de se plaindre sans lutter, la seule jérémiade ne suffit pas.
Les tâches domestiques
Au niveau personnel, je crois qu’il est assez facile, sauf mariage arrangé et autres horreurs ce cet ordre, de choisir un compagnon non-violent et capable de tenir une éponge, plutôt qu’un colérique qui ne lâche jamais sa canette de bière. Lorsqu’on se met en ménage, rien ne garantit certes comment évoluera le partenaire sur les prochaines décennies, mais le fait que tant de femmes se trompent si lourdement sur les hypothétiques et futures capacités d’engagement de leur conjoint en matière de tâches domestiques pousse à désespérer de la si vantée intuition féminine. Eh, sans doute le marché du manager de balais est-il moins dominé par les hommes que d’autres marchés pour postes à responsabilité? Peut-être l’offre ne suit-elle pas la demande, qui, à entendre le chœur des femmes-qui-font-tout-à-la-maison-et-leur-mec-rien doit être héneaurme?
Laissez-moi rire. Tenir une éponge ne rend pas les hommes sexy. Point. Si dix pour cent (ou beaucoup moins) des hommes sont capables de nettoyer les toilettes, sérieusement, la proportion de femmes volontaires pour vivre heureuses et avoir beaucoup d’enfants avec un homme nettoyant les toilettes (avec une perle rare, donc), n’atteint pas même ces dix pour cents (ou beaucoup moins). Pour le dire vite, l’amour et le romantisme (au besoin nourris de clichés sur les rôles des deux sexes) entrent en contradiction avec le sens pratique et le discours égalitariste. Je ne dis pas là que les femmes n’ont qu’à s’en prendre qu’à elles-même, non, je dis que rejeter le tort sur les hommes est un peut court. C’est toute une Weltanschauung qu’il faut revoir, et c’est là qu’on en vient au second niveau pour faire avancer les chose: Celui de la société.
Les femmes tiennent les fonctions clés, celle de l’éducation, tant des petits garçons que des petites filles. Qu’elles apprennent donc aux petits garçons que tout devient vite dégueulasse si personne ne nettoie! Qu’elles fassent remarquer aux petites filles que les princes charmants ne savent pas comment leur bel habit est devenu blanc et repassé! Qu’on me comprenne bien: Bassiner les gosses avec l’inégalité ne mêne nulle part. Ma génération a été éduquée par des soixante-huitardes geignant sur le mec qui mets les pieds sous la table en revenant alors que la seconde journée de madame commence; ce discours n’a rien donné apparemment. Nos institutrices ont pu se plaindre de la répartition des tâches domestiques, elles n’ont appris ni aux garçons la valeur de ce travail, ni aux filles l’importance que ce travail peut avoir pour leur choix de vie (celui d’un compagnon pouvant en faire partie, accessoirement…).
Les quota
La troisième et dernière chose qui me chiffonne, c’est comment on monte en épingle (comme pour le discours sur les discriminations raciales d’ailleurs) le cas des positions de prestige, des élites, des chefs, cas extrêmement éloigné de la réalité quotidienne de la plupart des discriminé(e)s. Afin que la société visse que l’égalité est en marche, il serait bon qu’on instaurât des quota, nous dit-on. Voilà une théorie qui me gêne à plusieurs égards.
D’abord, cela semble n’être qu’une manœuvre de diversion, car enfin, on ne parle que d’une fractions infime des victimes de discrimination, et en focalisant l’attention ailleurs on n’en peut que mieux ignorer le problème de la majorité. Ensuite, tout essentialisme me semble dangereux: Être un être humain ouvre des droits et des devoirs. Être une femme, un homme, un noir? Juste parce que vous êtes nés femme, homme, noir? N’est-on pas en train de réclamer par les quota l’institutionalisation d’un critère de discrimination? Chose que justement on prétendait combattre?
Un féminisme pour tout le monde
Enfin pour en revenir au féminisme plus directement, en tant qu’idéologie, mouvement ou tout ce qu’on voudra, ce dernier ne peut être acceptable aux yeux d’une société démocratique comme la nôtre que s’il est ouvert. La première ouverture que je demande à un féminisme moderne est de ne pas se fermer aux hommes et de leur proposer des valeurs que l’on peut qualifier de féminines si l’on veut, mais que les hommes puissent s’appoprier aussi, par exemple celles de l’altruisme, qui justifie de consacrer davantage de temps à autre choses que son petit nombril.
Promouvoir ce genre de valeurs dans la société, voilà un objectif noble pour le féminisme, voilà qui fera avancer la cause des femmes bien davantage que tous les quota, ourdis par quelques ambitieuses sans enfant, capables de se consacrer exclusivement au boulot (et pour qui l’égalité avec les hommes existe déjà, puisqu’elles sont largement affranchies de la deuxième journée de travail). Les premières victimes des quota seront justement les hommes sur qui l’espoir de l’Humanité repose, porteurs des valeurs féminines, qui auront consacré un peu trop de temps au goût de la société, à des tâches familiales et domestiques. Au contraire, les premières bénéficiaires seront des femmes dont la psychologie ressemble à celle du pire macho.
Le féminisme des quota de femmes est un féminisme qui se tire une balle dans le pied.